Zelensky, cinq ans de guerre et la métamorphose d'un chef face à l'agression russe
Zelensky, cinq ans de guerre et la métamorphose d'un chef

L'Ukraine entre dans sa cinquième année de guerre contre l'agression russe

Ce 24 février marque le début de la cinquième année de conflit pour l'Ukraine, confrontée à l'agression militaire de la Russie. Une guerre hybride qui mêle les tranchées rappelant 1914-1918 aux technologies les plus avancées du XXIe siècle. Les victimes se comptent désormais par centaines de milliers, tandis que des crimes de guerre ont été documentés comme étant perpétrés par les troupes de Vladimir Poutine. Le front, quant à lui, bouge à peine, cristallisant une situation de guerre d'usure.

La métamorphose de Volodymyr Zelensky

Au cœur de cette épreuve historique se tient un homme : Volodymyr Zelensky. Le 24 février 2022, face à l'invasion, le président ukrainien avait deux options : fuir ou rester. Il a choisi de rester. Aux Américains qui lui proposaient une exfiltration, il a répondu cette phrase devenue légendaire : "Je n'ai pas besoin d'un taxi, j'ai besoin de munitions." Ce choix constitue son acte fondateur, le moment où l'ancien acteur s'est transformé en chef de guerre et en homme d'État.

Ne nous trompons pas : Volodymyr Zelensky n'est pas un héros immaculé. Son ascension politique fut marquée par des ambiguïtés et des promesses inabouties. Mais l'épreuve révèle les hommes, les dépasse ou les élève. Chez lui, elle a produit une véritable métamorphose. Le président contesté est devenu le symbole d'une nation en armes. Son visage s'est durci, sa parole s'est ancrée. Il n'y avait plus d'écart entre ce qu'il disait et ce qu'il incarnait.

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Une société ukrainienne qui résiste et innove

Zelensky continue de parler chaque jour à son peuple dans une société ultra-connectée où l'État, l'armée et la société civile coopèrent jusque dans le cyberespace. L'Ukraine mobilise ses ingénieurs, ses entreprises, ses start-up. Elle innove particulièrement dans la guerre des drones qu'elle produit désormais par millions. Ce n'est pas seulement une armée qui résiste, peut-être la première en Europe, c'est une société entière, certes épuisée par la guerre et les privations, qui tient bon.

Le refus d'une paix humiliante

Volodymyr Zelensky résiste à Moscou contrairement aux pronostics de Donald Trump et de certains en France toujours fascinés par la brutalité impériale. Il refuse catégoriquement une paix humiliante. Face aux pressions de Washington, il n'a pas plié, rappelant que la sécurité ne se négocie pas comme un simple contrat commercial. Dans cette attitude, il y a quelque chose de profondément churchillien. En 1940, le Premier ministre britannique Winston Churchill avait refusé la politique d'apaisement, choisissant la guerre longue plutôt qu'une paix déshonorante.

Aujourd'hui, l'esprit de Zelensky est le même : ne pas céder au chantage, ne pas confondre prudence et renoncement, préférer la dignité toujours. C'est là que l'Europe est mise à l'épreuve. Nous avons hésité, parfois zigzagué. Mais nous avons aussi, en 2025, compensé en partie le retrait financier américain. Aujourd'hui, nous n'avons plus le choix.

Le destin de l'Europe en jeu

Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a acté un basculement stratégique majeur. La doctrine du "burden-shifting" (transfert de charge) est désormais assumée : aux Européens de payer, à eux de se défendre. À Davos, les doutes sur la solidité de l'engagement américain ont éclaté au grand jour. La perspective d'une paix négociée entre Washington et Moscou qui entérinerait non seulement les gains territoriaux russes dans le Donbass et en Crimée mais contraindrait également Kyiv à un repli stratégique suicidaire ne serait pas seulement la défaite de l'Ukraine. Ce serait celle de l'Europe.

Car l'issue de cette guerre déterminera notre destin pour le XXIe siècle : notre crédibilité stratégique, la survie de notre modèle démocratique, notre capacité à exister dans un monde brutal. Certains proposent de reparler à Vladimir Poutine. Pourquoi pas ? Donald Trump le fait bien. Mais pour lui dire quoi ? Il faut que ce soit utile, sans se faire manipuler par quelqu'un qui ment en permanence, sans se décrédibiliser une nouvelle fois.

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Les conditions non négociables

Il faudra lui dire – et ce n'est pas négociable – que l'Ukraine a pour destin de devenir très vite membre de l'Union européenne. Cette perspective fait peur à Moscou, car les Russes verront que leur voisin ukrainien se consolide en pays démocratique et prospère. Et il faudra aussi lui rappeler que la Russie et l'Europe doivent vivre ensemble et reconstruire un ordre commun de sécurité.

Mais avant tout, face à un Vladimir Poutine qui ne comprend que cela, il faut rétablir le rapport de force. Réarmement, coopération industrielle, souveraineté énergétique, défense intégrée sont des nécessités absolues. Voilà l'enjeu : dire aux Européens et aux Français que la liberté a un coût. Assumer les sacrifices, le prix de la guerre. Redonner du sens au projet européen.

Le visage de la résistance européenne

Car le visage de l'Europe aujourd'hui a les traits fatigués d'un président en treillis à Kyiv. Volodymyr Zelensky incarne ce que nous devons redevenir : une société qui se défend. En 1940, le sort du continent s'est joué à Londres. Depuis 2022, il se joue à Kyiv. Si l'Ukraine cède, l'Europe s'efface. Si elle tient, c'est notre liberté qui tient avec elle. La métamorphose de Zelensky et la résistance ukrainienne redéfinissent ainsi non seulement l'avenir de Kyiv, mais celui de tout le continent européen face aux défis stratégiques du siècle.