L'Ukraine se positionne comme acteur clé pour la sécurité du détroit d'Ormuz
Et si la solution pour rouvrir le détroit d'Ormuz, cette artère maritime stratégique par laquelle transite près de 20% du pétrole mondial, provenait finalement de l'Ukraine ? Depuis plus d'une semaine, le président Volodymyr Zelensky avance que Kiev, elle-même confrontée à des tensions avec la Russie en mer Noire, pourrait apporter son précieux savoir-faire militaire pour débloquer cette situation géopolitique complexe.
Une offre de coopération stratégique
"Notre message aux États-Unis et aux pays du Moyen-Orient concernant le détroit d'Ormuz était clair : nous sommes ouverts à la discussion", a déclaré Volodymyr Zelensky sur le réseau social X, le vendredi 3 avril 2026. Le président ukrainien a souligné qu'aucun pays ne pourrait lever seul le blocus actuel, insistant sur la nécessité d'actions conjointes pour obtenir des résultats tangibles.
Volodymyr Zelensky a rappelé avec insistance que Kiev avait elle-même réussi à mettre en place un corridor sécurisé en mer Noire pour assurer ses exportations de céréales, malgré les tentatives répétées de la Russie pour bloquer ce transit vital. Pour mémoire, à l'été 2022, un accord historique avait été conclu entre la Russie, l'Ukraine, la Turquie et les Nations unies pour permettre l'acheminement des céréales ukrainiennes vers les marchés mondiaux, dans le but de contrer la flambée des prix alimentaires.
L'expérience ukrainienne en matière de sécurité maritime
Néanmoins, la Russie s'est retirée de cette initiative un an plus tard, affirmant qu'elle n'hésiterait pas à cibler les navires à destination de l'Ukraine. Volodymyr Zelensky a révélé ces derniers jours que Moscou avait déployé "un large éventail d'équipements pour le blocus, et pas seulement des cuirassés". Il assure cependant que Kiev est parvenue à paralyser la flotte russe de la mer Noire et à l'éloigner du corridor, avant d'organiser des convois pour les navires civils, protégés par des drones maritimes sophistiqués.
Si le président ukrainien appelle à poursuivre les discussions pour trouver une issue diplomatique avec l'Iran, il évoque également une autre solution : "contrôler unilatéralement le détroit". Cette approche nécessiterait selon lui :
- Des intercepteurs spécialisés
- Des convois militaires d'escorte
- Un vaste réseau intégré de guerre électronique
- D'autres moyens technologiques avancés
Des technologies militaires à partager
Cette expertise et ces technologies, Kiev serait disposée à les partager avec les pays arabes du Golfe. L'Ukraine dispose en effet d'importantes capacités en matière de drones intercepteurs et de drones maritimes, qu'elle produit aujourd'hui en surquantité significative. En échange de ce transfert de savoir-faire, elle pourrait exiger des pays du Golfe des missiles antibalistiques de pointe, comme l'a précisé le président à l'Associated Press.
Des accords de défense déjà conclus
L'Ukraine a récemment signé des accords de coopération en matière de défense avec plusieurs pays influents :
- L'Arabie saoudite
- Le Qatar
- Les Émirats arabes unis
Kiev met particulièrement en avant son expérience dans la lutte contre les drones Shahed, de fabrication iranienne, largement utilisés par la Russie dans le conflit actuel. Elle propose ainsi la fourniture de son système complet de défense aérienne, incluant :
- Des drones maritimes spécialisés
- Des capacités de guerre électronique
- Des technologies d'interception avancées
Sécuriser le transit commercial
Concrètement, en ce qui concerne le détroit d'Ormuz, il s'agirait d'aider à sécuriser les navires commerciaux qui transitent par cette zone cruciale. Dans certains secteurs du détroit, les bateaux naviguent extrêmement près des côtes iraniennes, redoutant constamment des frappes potentielles. Il faudrait ainsi pouvoir les intercepter en quelques minutes seulement.
Les drones navals ukrainiens pourraient escorter ces navires commerciaux : Kiev dispose aujourd'hui d'un large éventail de systèmes, dont des drones maritimes kamikazes comme :
- Le Magura V5
- Le Sea Baby
- Le Mamay
Une opération d'envergure considérable
Néanmoins, débloquer le détroit d'Ormuz demanderait d'autres efforts considérables, à commencer par repérer et retirer les mines qui auraient pu y être disséminées par l'Iran. Cette opération nécessiterait une coordination internationale et des moyens technologiques substantiels.
Les objectifs stratégiques de l'Ukraine
En réalité, l'Ukraine poursuit plusieurs objectifs majeurs par ces déclarations :
Premièrement, celui d'exporter ses propres armes à l'échelle mondiale. Depuis le début de l'offensive russe, l'Ukraine est parvenue à perfectionner son industrie militaire avec l'aide occidentale. Elle a notamment développé des armes de fabrication rapide et économique, comme une série de drones innovants, confrontés à l'épreuve du terrain dans des conditions de combat réelles.
Deuxièmement, comme Volodymyr Zelensky l'a rappelé lui-même : Kiev craint qu'un conflit prolongé entre les États-Unis et l'Iran n'amène Washington à se détourner de la guerre en Ukraine et à réduire son aide militaire essentielle. Parallèlement, la Russie bénéficie au contraire des tensions sur les marchés pétroliers et gaziers, pour écouler ses propres ressources énergétiques.
Pour mémoire, les États-Unis ont suspendu temporairement les sanctions pétrolières américaines sur les produits russes, afin d'atténuer les pénuries d'approvisionnement dans le contexte du blocage actuel du détroit d'Ormuz. Cette situation géopolitique complexe place l'Ukraine dans une position stratégique intéressante, lui permettant de proposer ses compétences militaires tout en consolidant ses alliances internationales.



