La militante des droits humains et opposante tunisienne Sihem Bensedrine a été condamnée ce lundi 26 juin 2025 à 25 ans de prison par un tribunal militaire de Tunis. La décision, rendue à l'issue d'un procès qualifié de « mascarade » par ses avocats, a suscité une vague d'indignation internationale. Bensedrine, âgée de 73 ans, était jugée pour « complot contre la sûreté de l'État » et « incitation à la rébellion », des accusations qu'elle a toujours niées.
Un procès expéditif et opaque
Le procès de Sihem Bensedrine, figure de l'opposition au régime du président Kaïs Saïed, s'est déroulé à huis clos et a duré seulement trois jours. Selon son avocat, Me Samir Dilou, « la procédure a été bâclée, les preuves sont inexistantes, et la sentence est disproportionnée. C'est une décision qui n'a rien à voir avec la justice, mais tout à voir avec la répression politique. » L'ancienne présidente de l'Instance vérité et dignité (IVD), chargée de la justice transitionnelle après la révolution de 2011, est poursuivie depuis 2023 pour avoir critiqué le pouvoir en place.
Une répression qui s'accentue
Cette condamnation s'inscrit dans un contexte de durcissement autoritaire en Tunisie. Depuis le coup de force de Kaïs Saïed en juillet 2021, qui a dissous le Parlement et s'est arrogé les pleins pouvoirs, les arrestations d'opposants se multiplient. Selon le collectif de défense des droits humains, au moins 80 personnalités politiques, journalistes et militants sont actuellement emprisonnés. La peine infligée à Bensedrine est l'une des plus lourdes jamais prononcées contre une opposante. Human Rights Watch a dénoncé une « parodie de justice » et appelé à la libération immédiate de la militante.
Les réactions internationales
L'Union européenne a exprimé sa « profonde préoccupation » par la voix de son porte-parole, tandis que la France a convoqué l'ambassadeur tunisien pour exiger des explications. « Cette condamnation est une atteinte grave aux libertés fondamentales en Tunisie », a déclaré le Quai d'Orsay. De son côté, Amnesty International a lancé une campagne urgente pour la libération de Sihem Bensedrine, la qualifiant de « prisonnière d'opinion ».
Un symbole de la lutte pour les droits
Sihem Bensedrine est une figure emblématique de la société civile tunisienne. Journaliste de formation, elle a cofondé l'Association tunisienne des femmes démocrates et a présidé l'IVD, qui a enquêté sur les violations commises sous la dictature de Ben Ali. Son combat pour la vérité et la justice lui a valu une reconnaissance internationale, mais aussi l'inimitié du pouvoir actuel. « Ils veulent faire taire les voix critiques, mais nous ne céderons pas », a déclaré son mari, l'avocat Abdelaziz Essid, à la sortie du tribunal.
Quel avenir pour la Tunisie ?
Cette condamnation risque d'isoler davantage la Tunisie sur la scène internationale, alors que le pays était considéré comme le seul succès du Printemps arabe. Les analystes estiment que le régime de Saïed s'enfonce dans une logique répressive qui menace la stabilité du pays. « En emprisonnant les opposants, le pouvoir ne fait que renforcer la colère populaire », prévient le politologue Hamza Meddeb. La communauté internationale est appelée à multiplier les pressions pour obtenir la libération de Sihem Bensedrine et des autres détenus politiques.



