Une trêve fragile pour la Pâque orthodoxe en Ukraine
Un cessez-le-feu de 32 heures est officiellement entré en vigueur samedi sur le front ukrainien à l'occasion de la Pâque orthodoxe. Cette trêve, annoncée par Vladimir Poutine et confirmée par Volodymyr Zelensky, devait durer de samedi 16 heures à dimanche soir. Le président ukrainien a immédiatement prévenu que son armée répliquerait « coup sur coup » à toute violation de cette cessation des hostilités.
Des attaques meurtrières avant l'entrée en vigueur
Dans les heures précédant le début officiel du cessez-le-feu, les frappes meurtrières se sont poursuivies entre les deux camps. En Ukraine, visée par au moins 160 drones russes, quatre personnes sont mortes dans des frappes dans l'est et le sud, dont deux dans la région d'Odessa. Des bombardements russes ont également fait 14 blessés dans la région de Soumy et 10 autres à Kramatorsk, dans le Donetsk.
De l'autre côté du front, des drones ukrainiens lancés sur la région russe de Krasnodar ont incendié un dépôt de pétrole et endommagé des immeubles résidentiels. Deux personnes ont également été tuées dans une attaque de drone ukrainien sur des territoires de la région de Donetsk sous contrôle russe, selon les autorités installées par Moscou.
Un échange majeur de prisonniers de guerre
Parallèlement à cette trêve, Kiev et Moscou ont procédé samedi à un échange de 350 prisonniers de guerre : 175 de chaque camp. Cet échange a été annoncé par l'armée russe puis confirmé par Volodymyr Zelensky. Selon les deux capitales, 14 civils détenus, sept de chaque camp, ont également été échangés et libérés ce même jour.
Un processus de paix durablement enlisé
Volodymyr Zelensky a souligné avoir déjà proposé une telle pause dans les hostilités, alors que les discussions pour mettre fin à ce conflit meurtrier - qui dure depuis quatre ans - avaient déraillé en raison de la guerre au Moyen-Orient. Une trêve similaire avait été annoncée l'an dernier pour la Pâque orthodoxe, mais les deux camps s'étaient mutuellement accusés de l'avoir violée à de nombreuses reprises.
Vladimir Poutine avait également décrété unilatéralement un court cessez-le-feu en mai 2025 lors des célébrations de la victoire contre l'Allemagne nazie. Là aussi, les belligérants s'étaient accusés d'avoir poursuivi les affrontements. Kiev exige de longue date une trêve prolongée pour favoriser des négociations sur un hypothétique accord de paix, mais Moscou rejette cette idée, arguant qu'une pause plus longue permettrait à l'armée ukrainienne de se renforcer.
Des négociations au point mort
Ces derniers mois, plusieurs cycles de négociations sous l'égide des États-Unis n'ont pas réussi à rapprocher l'Ukraine et la Russie d'un accord, le processus s'enlisant davantage à mesure que l'attention de Washington se déplaçait vers l'Iran. Le pouvoir russe exige du gouvernement ukrainien des concessions territoriales et politiques que Volodymyr Zelensky a rejetées, les assimilant à une capitulation.
Selon le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, cette nouvelle trêve n'a pas donné lieu à des discussions préalables avec Kiev et Washington et n'est pas liée aux négociations diplomatiques en cours. Le ministre russe de la Défense, Andreï Belooussov, et le chef d'état-major Valéri Guérassimov ont reçu l'ordre de « cesser les opérations de combat dans toutes les directions pour cette période ».
Un conflit aux conséquences dramatiques
Cette guerre a coûté la vie à des centaines de milliers de personnes, ce qui en fait le conflit le plus meurtrier en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale. Des millions d'autres ont été déplacées. Les avancées russes ont ralenti depuis fin 2025, selon l'analyse des données de l'Institut pour l'étude de la guerre (ISW), qui attribue ce ralentissement aux contre-attaques ukrainiennes mais aussi à « l'interdiction faite à la Russie d'utiliser les terminaux Starlink en Ukraine » et aux « efforts du Kremlin pour restreindre l'accès à Telegram ».
La situation reste cependant défavorable à Kiev dans la région de Donetsk en direction des deux grandes villes de Kramatorsk et Sloviansk. À l'est de cette dernière, les troupes du Kremlin ont progressé sur une cinquantaine de km² en mars, montrant la fragilité de la situation militaire malgré cette trêve temporaire.



