Trump menace l'Iran : entre espoir d'accord et préparation militaire
Trump et l'Iran : menaces et ambiguïté sur une invasion

Trump face à l'Iran : entre menaces explicites et espoirs d'accord

« UN REGIME NOUVEAU, ET PLUS RAISONNABLE ! » C'est avec ces mots, écrits en majuscules dans son texte, que Donald Trump a réitéré son espoir qu'un accord soit trouvé avec l'Iran en pleine période de tensions. Cependant, cette déclaration mesurée contraste avec les menaces de plus en plus explicites qu'il multiplie après un mois de conflit latent.

Le président américain, dont les positions sont souvent difficiles à suivre, a notamment évoqué la possibilité de détruire l'île de Kharg, un site pétrolier vital pour l'Iran où transite 90% de ses exportations de pétrole brut. Cette perspective inquiète sérieusement Téhéran, qui redoute une escalade vers une invasion terrestre de son territoire.

Le Pentagone prépare des opérations militaires

Dimanche, le Washington Post a révélé que le Pentagone s'était préparé à des semaines d'opérations militaires terrestres en Iran. Karoline Leavitt, porte-parole de la Maison-Blanche, a tempéré cette information en précisant que l'administration militaire donnait « au commandant en chef un maximum d'options » sans que cela signifie « que le président ait pris une décision ».

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Dans les faits, les forces américaines sont déjà fortement présentes dans la région. Selon le New York Times, pas moins de 50.000 soldats américains sont désormais déployés au Moyen-Orient, soit 10.000 de plus qu'habituellement. « Le dispositif est sur place et prêt. C'est donc envisageable et possible », souligne Jeff Hawkins, chercheur associé à l'IRIS et ancien ambassadeur des États-Unis.

Une invasion massive semble improbable

David Rigoulet-Roze, chercheur à l'Institut français d'analyse stratégique et rédacteur en chef de la revue Orients stratégique, analyse que « envahir l'Iran n'est tout simplement pas envisageable ». Avec un territoire trois fois plus grand que la France, des chaînes de montagne et des zones désertiques, une invasion de l'Iran pourrait rappeler l'enlisement que les États-Unis ont vécu en Afghanistan.

« Ni les Américains ni les Israéliens n'ont l'intention d'envahir l'Iran ce qui serait en tout état de cause impossible à réaliser », estime le chercheur. Il avance plutôt que « l'enjeu se situera éventuellement via la mobilisation de forces spéciales et de commandos à l'intérieur du territoire iranien, mais juste pour des opérations ponctuelles ».

Des objectifs de guerre flous et incertains

Pour évaluer la nécessité d'envoyer des soldats, encore faut-il comprendre ce que Washington cherche réellement à obtenir. Or, « Donald Trump a été particulièrement opaque sur ses objectifs », rappelle Jeff Hawkins. Un changement de régime ? Le républicain assure qu'il l'a déjà obtenu, après la mort du Guide suprême Ali Khamenei, remplacé par son fils.

Une ouverture du détroit d'Ormuz ? « Ce serait difficile et risqué militairement, même si c'est crucial pour lui politiquement », glisse l'ancien ambassadeur américain. Cette question est d'autant plus sensible que les élections de mi-mandat se profilent aux États-Unis et que le prix du carburant explose dans un pays intimement dépendant de la voiture.

Le programme nucléaire iranien : une cible potentielle

Reste alors la question du programme nucléaire iranien, où l'utilisation de commandos prendrait son sens. « Mobiliser des commandos permettrait d'atteindre les sites nucléaires iraniens afin de tenter de récupérer les 440 kilos d'uranium enrichi à 60% », décrypte David Rigoulet-Roze.

Mais le chercheur précise la difficulté d'une telle opération alors que « l'on n'a pas de certitude sur leur localisation voire sur leur dispersion sur plusieurs endroits ». Même avec de petits groupes entraînés, l'envoi de troupes américaines comporte donc des risques certains pour des bénéfices assez flous.

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Le souvenir douloureux de la crise des otages

Les États-Unis ont une histoire douloureuse avec les opérations spéciales sur le territoire iranien. En 1980, le pays avait monté l'opération « Eagle Claw » afin de libérer une cinquantaine d'otages américains retenus dans l'ambassade des États-Unis à Téhéran. Cette mission fut un véritable fiasco lors duquel huit militaires américains perdirent la vie et des documents classifiés tombèrent aux mains des Iraniens.

« Un tel échec aujourd'hui équivaudrait à une mort politique, il est difficile de voir pourquoi Donald Trump prendrait un tel risque », souligne Jeff Hawkins. Pourtant, le président américain, qui promettait il y a deux semaines encore n'envoyer de troupes « nulle part », continue à laisser planer le doute sur un passage à l'acte qui ressemblerait à une fuite en avant.

La situation reste donc extrêmement tendue, avec d'un côté des préparatifs militaires concrets et de l'autre des déclarations contradictoires qui entretiennent l'ambiguïté sur les véritables intentions de l'administration Trump face à l'Iran.