Relations exécrables entre Kiev et Budapest
Depuis le début de l'invasion russe en Ukraine en 2022, les relations entre Kiev et la Hongrie se sont considérablement dégradées. Bien que membre de l'Union européenne, la Hongrie se distingue comme l'un des rares pays à avoir maintenu des liens étroits avec la Russie. Les deux nations partagent pourtant 140 kilomètres de frontière, mais leurs rapports sont devenus abominables. Ces derniers jours, chaque prise de parole de Viktor Orbán et de Volodymyr Zelensky a fait monter la tension d'un cran supplémentaire.
L'oléoduc 'de l'amitié' au cœur du conflit
Ironiquement nommé, l'oléoduc 'de l'amitié' (droujma en russe) reste à l'arrêt. Ce pipeline de 4 000 kilomètres approvisionnait normalement la Slovaquie et la Hongrie en pétrole russe, ces deux pays bénéficiant d'une dérogation pour continuer à importer l'or noir de Poutine. Endommagé par une frappe russe en janvier, l'infrastructure est hors service. Viktor Orbán accuse ouvertement l'Ukraine de retarder les réparations, une affirmation probablement fondée.
« Pour être honnête, je ne le rétablirai pas. C'est ma position », a déclaré fermement Volodymyr Zelensky, ignorant les pressions de l'Union européenne. « C'est du pétrole russe. Ils sont en train de nous tuer, et nous, nous serions censés fournir du pétrole à Orbán parce que le pauvre Orbán ne peut pas gagner les élections sans ce pétrole », a-t-il ironisé. Le président ukrainien a toutefois concédé que l'oléoduc pourrait être remis en état « d'ici un mois et demi ». Avec le conflit au Moyen-Orient et la hausse des prix du pétrole, les tensions se sont encore intensifiées.
Le veto hongrois sur le prêt européen
Pour exercer une pression maximale sur Kiev, Viktor Orbán a utilisé tout son poids politique. En tant que membre de l'Union européenne, il a opposé son veto, bloquant ainsi le prêt de 90 milliards d'euros destiné à l'Ukraine. Il entrave également l'adoption d'un nouveau paquet de sanctions contre la Russie. Cette situation est inacceptable pour Volodymyr Zelensky, qui s'est montré menaçant jeudi dernier.
« Nous espérons qu'une seule personne au sein de l'UE ne bloquera pas les 90 milliards. Sinon, nous donnerons l'adresse de cette personne à nos forces armées, à nos gars. Qu'ils l'appellent et qu'ils lui parlent dans leur propre langage », a-t-il lancé. Olof Gill, porte-parole de la Commission européenne, a réagi vivement : « Ce type de langage est inacceptable. Il ne doit y avoir aucune menace à l'encontre des États membres de l'UE. »
Conseils de voyage et accusations réciproques
Jeudi, le gouvernement ukrainien a recommandé à ses ressortissants « de s'abstenir, faute de garantie sécuritaire sur fond d'agissements arbitraires des autorités hongroises », suite à l'expulsion annoncée de sept Ukrainiens. La Hongrie les accuse de transporter de l'or et des devises depuis l'Autriche. « Nous arrêterons de laisser transiter par la Hongrie des choses importantes pour l'Ukraine, jusqu'à ce que nous recevions l'approbation de l'Ukraine pour les livraisons de pétrole », a rétorqué Viktor Orbán.
Libération controversée de prisonniers
En pleine campagne électorale, le dirigeant hongrois a obtenu cette semaine la libération de soldats ukraino-hongrois par Vladimir Poutine. Kiev a qualifié ce geste de manipulation « cynique » des prisonniers de guerre. Alors que l'économie hongroise traverse des difficultés et que les sondages sont défavorables, Viktor Orbán cherche à reprendre la main après seize années au pouvoir.
Les relations entre l'Ukraine et la Hongrie semblent donc s'enliser dans une spirale de tensions, où chaque geste politique alimente davantage la méfiance et les conflits. Les enjeux sont multiples : énergétiques, financiers et humanitaires, rendant toute résolution rapide improbable dans le contexte actuel de guerre en Ukraine.



