Quatre décennies après l’explosion du réacteur n°4, la centrale de Tchernobyl demeure un sanctuaire irradié. Des journalistes de France 2 ont pu pénétrer dans ses entrailles, au plus près d’un danger toujours latent. Silencieuse, figée dans le béton et les souvenirs, la centrale de Tchernobyl continue de diffuser une menace invisible. Quarante ans après la catastrophe du 26 avril 1986, ses couloirs labyrinthiques restent imprégnés d’une radioactivité persistante. Protégées par des combinaisons intégrales, les équipes de France 2 ont pu s’aventurer jusqu’au sarcophage et à l’immense arche de confinement qui recouvrent le réacteur éventré. Une immersion rare, qui donne la mesure du danger.
Un lieu parmi les plus radioactifs au monde
« Nous sommes à 58 microsieverts par heure. C’est une dose très, très forte. C’est l’endroit, sans doute, le plus radioactif au monde. On va quitter la zone dans quelques secondes », témoigne la journaliste Dorothée Olliéric, son compteur Geiger crépitant comme un avertissement.
Le théâtre figé de la catastrophe
Dans la salle de contrôle, le temps semble suspendu. C’est ici que, dans la nuit du 26 avril 1986, une expérience technique a viré au cauchemar. Face à un réacteur devenu incontrôlable, les ingénieurs tentent une ultime manœuvre. Le geste censé stopper la réaction provoque l’explosion.
À quelques kilomètres de là, Petro Khmil, alors jeune chef pompier de 24 ans, est parmi les premiers à intervenir. « On n’avait pas de protection particulière, juste des bottes renforcées et notre uniforme ordinaire », se souvient-il. Une intervention à l’aveugle, face à un ennemi invisible.
Dans les jours qui suivent, hélicoptères et équipes au sol tentent d’étouffer l’incendie en déversant sable et plomb. En vain : un nuage radioactif se répand sur une grande partie de l’Europe, contaminant durablement les terres et les populations.
Pripyat, ville fantôme
À l’époque, près de 50 000 habitants vivent à Pripyat, la cité voisine. Ils sont évacués en urgence, laissant derrière eux une ville désormais figée dans le silence. Intégrée à une zone d’exclusion de 10 km, elle ne sera jamais réhabitée. Le temps, ici, s’étire à une échelle vertigineuse : des centaines de milliers d’années seront nécessaires pour voir disparaître certains éléments radioactifs.
Plus loin, dans la seconde zone d’exclusion, quelques habitants sont pourtant revenus. On les appelle « les revenants ». Parmi eux, Halina Voloshyna, aujourd’hui âgée de 77 ans. « Le moment de l’évacuation, c’était poignant. Les gens pleuraient, ils s’accrochaient à leurs balluchons, à leurs sacs. Tout le monde était en larmes », raconte-t-elle. Malgré les risques, elle assure : « Je vais très bien. »
Une menace toujours suspendue
Si Tchernobyl appartient à l’histoire, elle n’en reste pas moins une inquiétude contemporaine. Le site, toujours sous haute surveillance, demeure vulnérable. En février 2025, un drone s’est écrasé sur la structure protégeant le réacteur, ravivant les craintes d’un nouvel incident. Sous son dôme d’acier, le réacteur n°4 ne dort pas tout à fait. Il veille, comme une cicatrice ouverte au cœur de l’Europe.



