Soudan du Sud : deux massacres ethniques ravivent les craintes d'une reprise de la guerre civile
Nyayual Chuol observe, impuissant, son petit-fils de 18 mois, blessé par balle, se faire soigner à l’hôpital d’Akobo, au Soudan du Sud, le 21 février 2026. Cette scène déchirante illustre la violence qui frappe à nouveau le pays, où deux massacres à caractère ethnique ont été commis à une semaine d'intervalle, faisant craindre un retour à la guerre civile.
Des attaques ciblées contre les deux principales communautés
Dimanche 1er mars, les autorités ont découvert 169 corps dans le village d’Abiemnhom, situé dans la zone administrative de Ruweng, près de la frontière soudanaise. Toutes les victimes appartenaient à l'ethnie Dinka. Quelques jours plus tôt, le 21 février, 16 personnes avaient été tuées à Pankor, dans le nord de l'État de Jonglei. Cette fois, toutes les victimes étaient des Nuer.
Ces deux communautés, les plus importantes du Soudan du Sud – un pays qui en compte 64 – risquent-elles d'être à nouveau entraînées dans un conflit sanglant ? La question se pose avec une inquiétude grandissante, d'autant que l'année 2025 a été marquée par de nombreux affrontements entre les forces du président Salva Kiir, un Dinka, et celles fidèles à son principal rival, Riek Machar, un Nuer, actuellement incarcéré.
Une crise sécuritaire et humanitaire sans précédent depuis 2018
Le Soudan du Sud traverse actuellement sa plus grave crise sécuritaire et humanitaire depuis la signature, en 2018, d'un accord de paix dit « revitalisé » et la formation, en 2020, d'un gouvernement d'unité nationale de transition. À cette époque, Riek Machar avait rejoint Salva Kiir à Juba pour piloter la transition et conduire le pays vers des élections démocratiques.
Initialement prévues pour 2022, ces élections ont été repoussées à deux reprises et doivent désormais se tenir fin 2026. Cependant, la prolifération des violences ethniques et des tensions politiques rend la tenue de ce scrutin on ne peut plus incertaine. Les observateurs internationaux s'alarment de la détérioration rapide de la situation, qui menace de plonger à nouveau le pays dans le chaos.
Les massacres récents soulignent la fragilité persistante de la paix au Soudan du Sud, où les divisions ethniques continuent d'alimenter les conflits. Les appels à la modération et au dialogue se multiplient, mais la peur d'une escalade violente plane sur la nation, déjà éprouvée par des années de guerre civile et de souffrances humanitaires.



