Révélations : les services russes ont envisagé un faux attentat pour sauver Orban
Révélations : les services russes ont envisagé un faux attentat pour sauver Orban

Un plan secret pour sauver le Premier ministre hongrois

Le vainqueur d'une élection connaît souvent un tournant décisif pendant la campagne : un discours survolté, un débat dominé, un meeting électrique marquant. Les autorités russes semblent avoir parfaitement compris ce mécanisme, mais peinent à en trouver la juste mesure. Alors que le Premier ministre hongrois Viktor Orban, proche du Kremlin et de Vladimir Poutine, peine à convaincre à l'approche des législatives, les services de renseignement extérieur russes (SVR) ont proposé une opération spectaculaire.

L'opération "Gamechanger"

Selon un rapport interne du Département des mesures actives du SVR, chargé des opérations d'influence politique, les services russes ont envisagé d'organiser la mise en scène d'une tentative d'assassinat contre le chef du gouvernement hongrois. Ce plan, surnommé "Gamechanger", visait à "modifier fondamentalement l'ensemble du paradigme de la campagne électorale". Le document a été examiné et authentifié par un service de renseignement européen, selon les révélations du Washington Post.

Interrogé sur ce sujet brûlant, le porte-parole de Viktor Orban, Zoltan Kovacs, n'a pas répondu aux sollicitations du quotidien américain. Cette absence de réaction officielle ajoute au mystère entourant cette affaire.

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Changer la perception de la campagne

Le rapport du SVR expose clairement les objectifs de cette manœuvre : mettre en scène "un tel incident" permettrait de "déplacer la perception de la campagne du domaine rationnel des questions socio-économiques vers un domaine émotionnel". Dans ce nouveau cadre, "les thèmes clés deviendraient la sécurité de l'État, la stabilité et la défense du système politique".

Si l'on ignore dans quelle mesure cette proposition a été prise en compte par le gouvernement russe, qui n'a pas non plus réagi à ces révélations, elle démontre l'importance cruciale des élections hongroises aux yeux de Moscou. D'autant plus que l'actuel Premier ministre et son parti, le Fidesz, sont en difficulté dans les sondages, devancés par Peter Magyar, le candidat qui fait campagne sur des réformes anticorruption.

L'inspiration américaine

Les services russes semblent s'être inspirés d'événements récents outre-Atlantique. La tentative d'assassinat contre Donald Trump en juillet 2024, et les fameuses photos de lui avec l'oreille en sang, avaient permis au candidat Maga de relancer sa campagne de manière spectaculaire. Cet épisode a visiblement donné des idées aux stratèges du renseignement russe.

Un contexte d'ingérence généralisée

Les velléités d'ingérence russes en Hongrie ne constituent pas une surprise, tant le spectre de Vladimir Poutine plane sur la campagne électorale. Alors que la chute de Viktor Orban dans les sondages est principalement liée aux mauvais résultats économiques de sa politique, le Premier ministre tente de plus en plus de déplacer le débat sur les prétendues menaces extérieures.

Une stratégie coordonnée

Cette stratégie est soutenue par une campagne sur les réseaux sociaux, appuyée par le Kremlin, qui présente le chef du gouvernement actuel comme le mieux placé pour protéger la souveraineté hongroise. Selon des responsables européens de la sécurité, qui ont préféré rester anonymes, cette opération d'influence est menée de manière systématique.

Autre exemple d'ingérence révélé par l'un des responsables de la sécurité européenne : plusieurs journalistes hongrois pro-Orban tiennent régulièrement des réunions avec Tigran Garibian, un conseiller russe envoyé à l'ambassade de Russie à Budapest. Durant ces rencontres, il leur partage le discours soutenu par le Kremlin, façonnant ainsi la narration médiatique en faveur du gouvernement hongrois.

Le soutien russe à Budapest

Ces dernières années, la Hongrie est devenue l'un des plus importants soutiens de la Russie au sein de l'Union européenne. Alors que le pays bloque un nouveau prêt européen de 90 milliards d'euros pour l'Ukraine, le gouvernement hongrois accuse Volodymyr Zelensky et son gouvernement de bloquer les approvisionnements de pétrole russe vers la Hongrie via l'oléoduc Droujba.

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En février dernier, la Hongrie a également menacé de bloquer le 20e paquet de sanctions contre la Russie, qui visait entre autres le secteur bancaire et l'industrie énergétique. Cette position alignée sur Moscou renforce les liens entre les deux capitales.

Les soutiens américains d'Orban

La Russie n'est pas le seul pays à voir un intérêt majeur au maintien de Viktor Orban à la tête de la Hongrie. Le sénateur américain Marco Rubio s'est rendu à Budapest le mois dernier pour soutenir son allié. "Votre succès est notre succès", a notamment affirmé le secrétaire d'État américain, alors que J.D. Vance pourrait également se rendre en Hongrie dans les prochaines semaines.

L'adoubement de Trump

Ce week-end, à l'ouverture de la Conservative Political Action Conference (CPAC) à Budapest, une conférence qui réunit les dirigeants nationalistes chaque année, Donald Trump lui-même a adoubé Viktor Orban dans un message vidéo diffusé avant le discours du Premier ministre. L'ancien président américain lui a exprimé son "soutien total et sans réserve", scellant ainsi une alliance politique transnationale.

Ces révélations sur le plan "Gamechanger" du SVR jettent une lumière crue sur les méthodes employées par les services russes pour influencer les processus démocratiques. Alors que les élections hongroises approchent, la bataille pour le pouvoir s'intensifie, avec des acteurs internationaux jouant des rôles de plus en plus directs dans le destin politique du pays.