Reza Pahlavi, l'ex-prince iranien, émerge comme alternative face à la théocratie
Reza Pahlavi, alternative face à la théocratie iranienne

Une marée humaine à Munich pour Reza Pahlavi

Combien étaient-ils ? 250 000, peut-être davantage. Samedi 14 février, les rues glacées de Munich ont vu déferler une marée humaine hérissée de drapeaux au lion solaire, de portraits brandis comme des icônes. Sur la Theresienwiese, d’ordinaire dévolue à la Fête de la bière, la foule a plébiscité un homme qu’elle traite déjà en chef d’État : Reza Pahlavi. Ex-prince héritier d’Iran, fils du dernier chah, exilé depuis 1979, il fut longtemps suspecté d’oisiveté, relégué aux souvenirs d’un trône de paon évanoui. Les chancelleries préféraient l’ignorer. L’année dernière, les autorités allemandes l’avaient déprogrammé de la Conférence de Munich sur la sécurité. Aujourd’hui encore, on le dépeint en obligé de Washington, pion que Donald Trump voudrait placer sur l’échiquier iranien. Mais même ses détracteurs les plus farouches doivent reconnaître que son nom est désormais acclamé dans les capitales occidentales – et jusque dans les rues de Téhéran. Son visage s’affiche dans les défilés, son patronyme résonne depuis les balcons malgré une répression féroce : plus de 36 000 morts selon lui. Face à une théocratie aux abois, le prince déchu s’est imposé comme l’alternative. Son appel à manifester, lancé le 7 janvier, dix jours après l’embrasement du pays, a agi comme un détonateur. Pour une partie de la jeunesse iranienne qui n’a connu que la férule des mollahs, il est l’homme qui peut refermer la parenthèse obscurantiste.

Un entretien exclusif à Paris

Revenu de Munich après un entretien avec Volodymyr Zelensky (« Il fait face à une occupation étrangère ; nous, à une occupation intérieure, mais nos destins sont liés »), il nous reçoit à Paris. Pin’s de l’Iran impérial au revers de la veste, le verbe précis et le français impeccable, il dresse le tableau d’un pays prêt à basculer. Le fils du chah est favorable à l’intervention armée des troupes américaines massées à proximité de l’Iran : « Il faut donner au peuple une chance d’agir. » Relations avec les pays arabes et Israël, charge contre une France qui pourrait « rater le train » de l’Histoire, feuille de route pour une transition démocratique… il se livre sans détour.

L'appel à l'intervention militaire

Êtes-vous favorable à l’intervention militaire des troupes américaines pour déloger le régime ? Ce qui se déroule en Iran n’est pas une révolte, c’est une révolution. Face à cela, le régime a déjà tué plus de 40 000 Iraniens, dont 36 000 les 8 et 9 janvier, en utilisant des armes de guerre. Ils traquent les blessés jusque dans les hôpitaux pour les achever. Pour ces seules raisons humanitaires, une intervention est impérative. C’est l’appel du peuple. Elle neutraliserait l’appareil répressif, permettant aux citoyens de reprendre la rue pour mener leur révolution jusqu’à la victoire. Cela équilibrerait une situation biaisée où le régime utilise la violence seulement pour se maintenir. Sa légitimité, qu’elle soit politique ou religieuse, n’existe plus.

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Le peuple iranien a repris courage après les paroles du président Trump, qui disait : « Tenez ferme, l’aide va arriver. » Sera-t-il différent de Barack Obama, qui, lui, n’a fait que jouer le statu quo avec le régime ? Depuis quarante ans, l’Occident s’enferme dans l’illusion de l’apaisement, espérant que les sanctions économiques, notamment, assoupliront le régime. C’est ignorer que l’ADN de ce pouvoir est incompatible avec la liberté. Même à l’époque de la guerre froide, les blocs soviétique et capitaliste pouvaient coexister. Avec ce régime, aucune coexistence n’est possible car leur triomphe dépend de votre défaite totale. L’Europe a enfin décidé d’inscrire les gardiens de la révolution sur la liste des groupes terroristes. La France a été l’un des derniers pays à y consentir, mais comme on dit en français, mieux vaut tard que jamais.

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Stratégie pour affaiblir le régime

Des frappes aériennes suffiraient-elles pour faire tomber le régime ? Des frappes permettraient de neutraliser les forces de frappe du régime et permettraient aux Iraniens de reprendre leur souffle. C’est une intervention nécessaire pour affaiblir le régime et donner au peuple une chance d’agir. Mais il faut aussi une double pression : des actions diplomatiques, comme l’expulsion des ambassadeurs, et des poursuites légales pour crimes contre l’humanité. Les revenus du régime, comme sa flotte ou ses fonds gelés, devraient être remis au service de la nation pour soutenir l’accès à Internet ou financer les grèves ouvrières. Il faut affaiblir le régime économiquement pour qu’il ne puisse plus payer ses mercenaires. Le troisième élément, ce sont les défections. C’est crucial pour éviter une vacance du pouvoir, comme en Irak après Saddam Hussein. Nous avons lancé une campagne d’union nationale et de défection. À ce jour, environ 160 000 personnes se sont inscrites : des militaires, des policiers et des civils.

Y a-t-il eu des défections au sein des gardiens de la révolution ? Oui. Beaucoup se sentent trahis par leur hiérarchie. À l’origine, ces « gardiens » ont été créés car Khomeyni ne faisait pas confiance à l’armée. Petit à petit, ils sont devenus une mafia contrôlant tout. Si les haut gradés se sont enrichis, les subalternes sont des salariés qui n’ont pas de quoi payer leur loyer. Beaucoup sont désillusionnés et se demandent ce qu’ils vont devenir si Khamenei s’enfuit un jour pour rejoindre Bachar al-Assad à Moscou.

Rôle de la diaspora et solidarité mondiale

Quel rôle joue la diaspora, notamment après le rassemblement massif à Munich le 14 février ? J’ai ressenti une immense fierté face à cette foule. Beaucoup se demandaient si la diaspora était engagée ou capable de jouer un rôle. Malgré les coupures d’Internet, nous communiquons avec l’intérieur : prisonniers politiques, médecins, témoins. Le peuple iranien est meurtri et déprimé depuis longtemps. Voir cette solidarité mondiale, de Sydney à Toronto en passant par Munich, a agi comme un coup de fouet. Une spécialiste en psychothérapie m’a confié que cent séances de thérapie n’auraient pas eu l’effet de ce soutien ressenti de l’extérieur.

Ces images ont-elles été vues en Iran ? Absolument. Les témoignages sur les réseaux sociaux montrent l’impact de cette solidarité, qui dépasse les seuls Iraniens. Des citoyens du monde entier se rallient à notre cause, comme ils l’ont fait pour Nelson Mandela ou Lech Walesa. Plus d’un million de personnes ont participé aux dernières manifestations de soutien. C’est un effort global pour la libération du pays.

Feuille de route pour la transition démocratique

Quel sera votre rôle dans l’Iran de demain ? Serez-vous candidat lors des premières élections libres ? Nous travaillons depuis deux ans sur une vision de transition, à travers le projet Iran Prosperity Project, qui vise à remettre le pays sur la voie du développement. Au-delà de la liberté et de la démocratie, il faut un impact concret sur la vie des gens : investissement dans les régions appauvries, fin des discriminations, comme au Baloutchistan ou au Kurdistan, création immédiate d’emplois, reconstruction des hôpitaux, écoles, infrastructures. Nous avons une feuille de route pour les « cent jours » : 180 pages planifiant l’urgence, de la stabilité monétaire à la reconstruction des services publics. Rien n’est laissé au hasard.

Quelle serait votre toute première mesure au lendemain de la chute du régime ? La priorité absolue serait d’assurer la stabilité économique et monétaire pour éviter la fuite des capitaux. Pendant la transition, le pays doit continuer à fonctionner : les fonctionnaires doivent se rendre à leur travail et les services publics essentiels doivent être maintenus. Pour cela, nous pourrions mobiliser les avoirs gelés à l’étranger, soit environ 100 milliards de dollars, afin de financer le système jusqu’à la levée des sanctions.

Perspectives régionales et internationales

Quelle relation imaginez-vous entre l’Iran et Israël ? Depuis des années, les Iraniens se rassemblent autour de la tombe de Cyrus pour affirmer leur identité nationale. Cyrus est central car, il y a vingt-cinq siècles, il a libéré les Juifs exilés à Babylone et permis la reconstruction du Temple de Jérusalem. Ma visite en Israël il y a deux ans rappelait cet héritage biblique unique entre la Perse et le peuple juif. Aujourd’hui, un Iran démocratique aurait un rapport amical et coopératif avec ses voisins, dont Israël et les pays du golfe Persique, à l’opposé total de la rhétorique de Khomeyni fondée sur le sectarisme chiite, l’antisémitisme et la menace permanente contre les sunnites et Israël.

Avez-vous des contacts avec les pays arabes de la région ? Nous avons un dialogue avec certains, même si je préfère ne pas les citer en raison de la sensibilité du sujet. Ils comprennent parfaitement que la chute du régime iranien apporterait immédiatement une stabilité régionale : plus de houthistes armés au Yémen, de Hezbollah au Liban, de milices en Irak… plus de déstabilisation permanente. Ils se souviennent aussi des relations apaisées que l’Iran entretenait avec les monarchies du golfe Persique avant la révolution.

Appel à la France et à l'Occident

Que voudriez-vous dire à Emmanuel Macron ? Je l’exhorte à ne pas rater le train de l’Histoire. D’autres dirigeants comprennent parfaitement le problème, comme le président Zelensky, avec qui j’ai eu une excellente conversation. Il fait face à une occupation étrangère ; nous, à une occupation intérieure, mais nos destins sont liés. Au-delà de l’aspect humanitaire ou démocratique, un changement de régime en Iran est dans l’intérêt direct de l’Occident, et particulièrement de la France, qui entretient des liens historiques avec la Perse.

En 1978, la France a offert l’asile à l’ayatollah Khomeyni avant son retour au pays. En voulez-vous au gouvernement français de l’époque ? La révolution de 1979 est née d’une alliance entre l’extrême gauche marxiste et les islamistes, unis par une rhétorique antioccidentale et antiaméricaine. Khomeyni était alors installé à Neauphle-le-Château, en région parisienne. Saddam Hussein avait proposé de l’éliminer, mais mon père avait refusé. Il considérait que la France, en tant que terre d’asile, pouvait l’accueillir, à condition qu’il ne mène pas de politique contre un autre État. Le tournant a eu lieu quand les dirigeants occidentaux, dont Jimmy Carter, ont demandé à mon père s’il allait faire usage de la violence pour conserver le pouvoir. Sa réponse fut catégorique : après trente-sept ans de règne, il refusait d’utiliser les armes contre son propre peuple. Il a quitté le pays.