Kurdistan irakien : les peshmergas iraniens en embuscade, prêts à frapper Téhéran
Peshmergas iraniens en Irak : l'attente de l'effondrement du régime

Les ruines d'un camp kurde frappé par l'Iran

Une carcasse de voiture calcinée, des tôles métalliques arrachées et des barres d'acier tordues dominent les eaux sombres du Grand Zab, qui serpente entre les collines basses du Kurdistan irakien. Seuls des gravats subsistent du poste de commandement détruit le 21 janvier par un drone iranien de type Shahed, attaque qui a fait un mort et un blessé. C'est dans ce paysage vallonné, le long du cours d'eau, que le Parti de la liberté du Kurdistan (PAK) – un mouvement politique iranien – a établi l'un de ses camps pour accueillir des combattants ayant fui l'Iran.

Une présence tolérée sous conditions

Le gouvernement régional du Kurdistan irakien autorise la présence de ces groupes à la condition expresse qu'ils ne créent pas de troubles. Cela signifie qu'ils ne doivent pas utiliser le territoire kurde irakien pour mener des actions hostiles ou terroristes contre l'Iran. Les peshmergas iraniens du PAK – le terme signifie en kurde « celui qui brave la mort » – jouent donc la carte de la discrétion. Cependant, ils poursuivent un entraînement intensif en attendant le « jour d'après » : celui de l'effondrement de la République islamique.

Pour ces combattants, l'opération israélo-américaine récente et la frappe ayant coûté la vie à l'ayatollah Ali Khamenei sont des signes annonciateurs que leur heure approche. Ils n'attendent plus qu'un signal pour franchir la frontière et donner l'assaut. Le dimanche 1er mars, à l'aube, des missiles iraniens les ont ciblés, sans faire de victimes selon un responsable du PAK. Peu après, l'aéroport d'Erbil et les abords du consulat américain, l'un des plus vastes au monde, ont également été pris pour cible.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

La résilience du camp Azadi à Koya

À Koya, le camp Azadi héberge la branche politique du Parti démocratique du Kurdistan iranien (PDKI) en exil, ainsi que les familles des peshmergas mobilisés dans la montagne. École, dispensaire, bureaux : tout a été reconstruit après les bombardements iraniens de 2018 et 2022. Les « martyrs » de ce conflit reposent dans un cimetière situé en bordure de clôture. « Nous avons subi des dizaines d'attaques en Iran, où nos militants sont actifs, et en Irak, où le parti s'est retranché. Mais nous n'avons pas peur : la fin de la République islamique est proche », déclare Mustafa Mauloudi, secrétaire général adjoint du PDKI, dans son quartier général de Koya. « Puisque les mollahs constituent un problème pour la région et le monde entier, l'intervention militaire extérieure est justifiée. Tout ce qui peut contribuer à faire tomber ce régime est le bienvenu. »

L'entraînement discret dans les montagnes

Dans le nord du Kurdistan irakien, près de la frontière, des baraquements blancs abritent un QG peshmerga niché entre les cimes. Cette base centrale permet de déployer les combattants vers des positions perchées, rendues presque inaccessibles par la neige. Vêtus de tenues traditionnelles – chalouar vert-de-gris, large ceinture de tissu, gilet à cartouchières et keffieh en écharpe –, les hommes sautillent en espadrilles d'un rocher à l'autre. Les femmes, qui représentent un cinquième des effectifs, suivent le même entraînement, habillées à l'identique. Leur atout majeur : une connaissance parfaite du terrain et une endurance leur permettant de franchir les massifs à pied.

Interrogé sur leur armement, au-delà des kalachnikovs et lance-roquettes, et notamment sur l'éventuelle possession de drones, le commandant du camp, Karim Farkhapur, évacue la question avec un sourire entendu : « Je ne peux pas parler de notre équipement. » Via ses émissaires en Europe et aux États-Unis, le PDKI plaide pour un soutien international. « Téhéran répand la rumeur que nous sommes soutenus par Israël et Washington pour nous discréditer », affirme Karim Farkhapur. « Notre force réside dans notre ancrage en Iran. Mahabad reste notre bastion historique, mais nous comptons des centaines de milliers de sympathisants dans toutes les zones kurdes et des milliers de cellules dormantes. Sur un signal, nos agents peuvent se regrouper en petits groupes autonomes de cinq ou six combattants. »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Le parcours de Shahla, une recrue emblématique

Shahla dirigeait l'une de ces cellules clandestines avant de devoir fuir. Elle a grandi à Saqqez, la ville de Mahsa Jina Amini, l'étudiante dont la mort sous les coups de la police des mœurs a déclenché le mouvement « Femme, vie, liberté » en 2022. « Avant cela, j'étais peu politisée », raconte-t-elle, « mais j'avais déjà connu la répression. Une simple photo de moi dévoilée avait suffi pour m'attirer des menaces. » Lors des obsèques de Mahsa Amini, alors que les autorités bouclaient les accès, Shahla a guidé les manifestants par des chemins de traverse. La cérémonie a dégénéré en insurrection. « Le nom du PDKI revenait constamment dans les slogans. C'est pour cette raison que j'ai rejoint le parti : c'est le plus populaire. » Arrêtée, torturée, menacée, elle a finalement fui pour protéger sa fille de 13 ans, qu'elle n'a plus revue. À cet instant, son visage perd sa dureté. Elle essuie une larme : « Ma fille souhaiterait que je lui couse un costume de peshmerga… »

Les chemins de contrebande et les défis frontaliers

À Penjwen, l'un des trois postes-frontières avec l'Iran, le trafic était réduit avant l'offensive israélo-américaine. Malgré les mines, les contrebandiers continuent de passer par la montagne, chargés de cigarettes et d'alcool. Un commerce lucratif sur lequel les autorités kurdes et les pasdarans (gardiens de la révolution iraniens) ferment les yeux en échange de bakchichs. Cependant, faire passer des hommes est une autre affaire. « C'est devenu compliqué », explique Karim Farkhapur, « car le gouvernement kurde veut éviter tout incident diplomatique avec Bagdad, allié de Téhéran. Quant aux pasdarans, ils ont verrouillé la frontière par crainte des incursions. Mais dès qu'il faudra y aller, nous passerons. Par les chemins des contrebandiers. »

L'union sacrée des partis kurdes en exil

Les maquisards kurdes ne sont pas les seuls à défier le régime iranien – à la frontière pakistanaise, les groupes baloutches mènent régulièrement des escarmouches. Mais les Kurdes constituent la menace principale grâce à leurs réseaux clandestins et un fort soutien populaire, les Kurdes représentant 10 à 15 % de la population iranienne. Le PDKI, fondé en 1945, s'est opposé au chah avant de lancer sa guérilla contre la République islamique. Le 22 février, les principaux partis kurdes en exil ont décidé de faire front commun après des années de rivalité. Sous l'impulsion du PDKI, ils ont créé la Coalition des forces politiques du Kurdistan iranien, appelant à la fin du régime, à un commandement militaire unifié et au dialogue avec toute l'opposition. « Nous pouvons mieux faire entendre nos revendications sur le fédéralisme et l'autonomie du Kurdistan », confie Mustafa Mauloudi. « Cela nous donne plus de poids sur la scène internationale. Une condition essentielle pour obtenir un soutien extérieur. »