Pakistan et talibans en guerre ouverte : frappes aériennes et escalade dangereuse à la frontière
Pakistan et talibans en guerre ouverte : frappes aériennes à Kaboul

Pakistan et talibans en guerre ouverte : une escalade dangereuse à la frontière

Le gouvernement pakistanais a déclaré ce vendredi une « guerre ouverte » aux autorités talibanes afghanes, marquant une escalade majeure dans un conflit frontalier qui menace de dégénérer. Cette annonce fait suite à une offensive afghane lancée la veille contre des soldats pakistanais à la frontière, à laquelle Islamabad a répondu par des frappes aériennes sur plusieurs grandes villes afghanes, dont la capitale Kaboul et Kandahar.

Des frappes aériennes en représailles

Le Pakistan a lancé vendredi matin des frappes aériennes contre des cibles militaires dans la capitale afghane Kaboul, la ville méridionale de Kandahar et la province de Paktia, dans le sud-est du pays. Le ministre pakistanais de l'Information, Attaullah Tarar, a justifié ces actions comme une réponse à l'attaque des forces afghanes contre ses soldats à la frontière, elle-même une riposte à des frappes aériennes pakistanaises antérieures.

Aucune des deux parties n'a officiellement annoncé une campagne militaire à grande échelle, mais les tensions sont à leur paroxysme. Islamabad affirme réagir aux attaques de militants en provenance du territoire afghan, tandis que les autorités talibanes nient catégoriquement avoir autorisé l'utilisation de leur sol contre le Pakistan. Des dizaines de personnes auraient été tuées ces derniers mois dans les affrontements transfrontaliers, et les postes-frontières restent largement fermés.

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Versions contradictoires et victimes civiles

Le gouvernement taliban a confirmé les frappes pakistanaises, mais son porte-parole, Zabihullah Mujahid, a déclaré qu'il n'y avait pas eu de victimes dans les zones urbaines. Cependant, le ministère afghan de la Défense a indiqué que huit de ses soldats avaient été tués lors de l'offensive terrestre de jeudi. Un responsable provincial afghan a rapporté qu'un obus de mortier avait blessé sept civils dans un camp de rapatriés, dont une femme dans un état grave.

Zabihullah Mujahid a également affirmé que des avions de surveillance pakistanais survolaient « actuellement » l'Afghanistan et que plusieurs soldats pakistanais avaient été « capturés vivants », une affirmation démentie par Islamabad. Chaque camp affirme avoir tué des dizaines de soldats adverses lors des récents affrontements, alimentant la confusion et la méfiance.

Le rôle central du TTP dans le différend

Au cœur de ce conflit se trouve l'accusation de longue date du Pakistan selon laquelle l'Afghanistan ne fait pas assez pour lutter contre le Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP). Selon les analystes, ce groupe militant a intensifié ses attaques à l'intérieur du Pakistan depuis le retour au pouvoir des talibans à Kaboul en 2021.

Islamabad soutient que de nombreux combattants du TTP opèrent depuis le sol afghan, une affirmation que le gouvernement taliban rejette. Ces derniers mois, des attentats majeurs à Islamabad et dans la région frontalière ont aggravé la méfiance entre les deux pays voisins, rendant toute résolution pacifique plus complexe.

Une trêve fragile et des efforts diplomatiques infructueux

Cette nouvelle confrontation, la plus grave depuis des mois, survient malgré des efforts diplomatiques répétés pour contenir les tensions. Une trêve avait été négociée par le Qatar et la Turquie après les affrontements meurtriers d'octobre, qui avaient fait plus de 70 morts dans les deux camps. Cependant, les multiples cycles de négociations qui ont suivi n'ont pas abouti à un accord durable.

L'Arabie saoudite est récemment intervenue pour négocier la libération de trois soldats pakistanais capturés par l'Afghanistan. L'Iran a également proposé son aide, avec son ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, déclarant que Téhéran « était prêt à fournir toute l'aide nécessaire pour faciliter le dialogue ». Malgré cela, certains experts estiment qu'il est peut-être trop tard pour une diplomatie efficace. Qamar Cheema, analyste politique pakistanais, a souligné qu'Islamabad avait « utilisé toutes les options, y compris la diplomatie régionale, mais rien n'avait été respecté ».

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La « ligne Durand » : une frontière coloniale source de tensions

L'Afghanistan et le Pakistan se partagent la « ligne Durand », une frontière datant de l'époque coloniale que Kaboul n'a jamais officiellement reconnue. Les sanctuaires transfrontaliers des militants, les flux de réfugiés et les accusations d'ingérence ont tendu les relations entre les deux pays pendant des décennies.

Depuis le retour au pouvoir des talibans, les relations ont oscillé entre un engagement prudent et une hostilité ouverte. Les dernières violences marquent la phase la plus dangereuse à ce jour, selon les analystes, le Pakistan semblant cibler les sites des autorités talibanes plutôt que les seules positions présumées du TTP. Michael Kugelman, expert de l'Asie du Sud, a qualifié les frappes nocturnes d'« escalade significative et dangereuse », soulignant le risque élevé d'une dégénérescence du conflit.