Pakistan-Afghanistan : une escalade militaire inquiétante
Dans un contexte de tensions croissantes, le Pakistan a mené dans la nuit du jeudi 26 au vendredi 27 février des frappes aériennes et terrestres contre des cibles talibanes situées dans plusieurs grandes villes afghanes. Cette action militaire directe contre les installations des talibans, et non plus seulement contre des militants présumés soutenus par eux, représente une rupture brutale dans les relations entre ces deux pays islamiques, autrefois proches alliés.
Des frappes ciblées et des représailles immédiates
Des sources sécuritaires pakistanaises ont précisé que les attaques visaient des sites stratégiques, des quartiers généraux et des dépôts de munitions talibans le long de la frontière commune. En réponse, les talibans ont immédiatement lancé ce qu'ils ont qualifié d'attaques de représailles contre des installations militaires pakistanaises. Les bilans humains divergent fortement entre les deux camps, avec des pertes annoncées que les observateurs internationaux n'ont pas pu vérifier de manière indépendante.
"Notre patience a atteint ses limites. Il s'agit maintenant d'une guerre ouverte entre nous et vous", a déclaré avec fermeté le ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Muhammad Asif, ce vendredi. Cette escalade illustre la fragilité du cessez-le-feu conclu en octobre dernier après des affrontements meurtriers.
Des zones clés touchées et des bilans contradictoires
Un porte-parole taliban a confirmé que les frappes pakistanaises avaient touché des zones de Kaboul, Kandahar et Paktia. Kandahar, quartier général des talibans et résidence de leur chef spirituel Hibattulah Akhundzada, a été particulièrement visé. Le porte-parole a affirmé que 55 soldats pakistanais avaient été tués, tandis que huit combattants talibans étaient morts et onze autres blessés dans la province de Nangarhar, où treize civils ont également été blessés.
De son côté, un porte-parole du gouvernement pakistanais a assuré que 133 combattants talibans avaient été tués et plus de 200 blessés. Des vidéos partagées par des responsables pakistanais montrent des éclairs de lumière dans le ciel nocturne frontalier et des tirs d'artillerie lourde, tandis qu'une autre vidéo révèle une épaisse fumée noire s'élevant au-dessus de Kaboul.
Un déséquilibre militaire et une expertise de guérilla
Bien que les capacités militaires conventionnelles du Pakistan soient largement supérieures à celles de l'Afghanistan, les talibans maîtrisent parfaitement les tactiques de guérilla, affinées par des décennies de combats contre les forces menées par les États-Unis avant leur retour au pouvoir en 2021. Cette asymétrie pourrait prolonger et complexifier le conflit.
Médiations internationales et état d'alerte
La communauté internationale s'inquiète de cette escalade. La Russie, seul pays à reconnaître officiellement le gouvernement taliban, a appelé à la fin des hostilités et s'est déclarée prête à servir de médiatrice si les deux parties le demandaient. La Chine a également indiqué avoir mené une médiation par ses propres voies et exprimé sa profonde préoccupation.
Les affrontements d'octobre, qui avaient fait des dizaines de morts parmi les soldats, avaient été résolus grâce à des négociations facilitées par la Turquie, le Qatar et l'Arabie saoudite. Ce vendredi, les ministres des Affaires étrangères du Pakistan et de l'Arabie saoudite se sont entretenus pour discuter d'un apaisement des tensions.
Parallèlement, le gouvernement de la province pakistanaise du Pendjab a déclaré être en état d'alerte maximale face à la menace d'attaques terroristes. Des opérations de sécurité ont conduit 90 ressortissants afghans vers des centres de détention en vue de leur expulsion, alors que les autorités pakistanaises redoutent une escalade des attaques dans les centres urbains.
Cette crise trouve ses racines dans un différend de longue date : le Pakistan accuse l'Afghanistan d'abriter des militants menant des attaques transfrontalières, ce que les talibans rejettent catégoriquement. La situation reste extrêmement volatile, avec un risque élevé de nouvelles escalades dans les prochains jours.



