Dans son podcast Nid d’espions, L’Express consacre un épisode au rôle des espions dans les grands basculements de l’Histoire, en s’appuyant sur un cas emblématique : celui de l’informateur irakien surnommé Curveball, dont les fausses informations ont contribué à justifier l’intervention militaire américaine en Irak en 2003. Cet épisode met en lumière les similitudes frappantes entre la fiction et la réalité, en revenant sur le roman Le Tailleur de Panama de John le Carré, publié en 1996.
Un roman prémonitoire : Le Tailleur de Panama
Dans ce roman, Harry, un couturier anglais installé au Panama, est approché par un diplomate de l’ambassade de Grande-Bretagne, qui se révèle être un agent des renseignements britanniques. Il lui demande de collecter des informations auprès de ses clients influents, alors que le canal de Panama constitue une voie maritime stratégique. Harry, bien que réticent, accepte par besoin d’argent, mais ne parvient pas à obtenir des renseignements suffisamment intéressants. Il décide alors de tout inventer, et les agents britanniques, avides de reconnaissance, transmettent ces éléments à leur agence sans les vérifier. Ces fausses informations poussent les Américains à se déployer dans le canal de Panama.
Le roman, adapté au cinéma avec Pierce Brosnan, rencontre un grand succès. Mais surtout, il se révèle presque prophétique : sept ans plus tard, en 2003, un mécanisme similaire conduit à la guerre en Irak.
L’affaire Curveball : quand la désinformation change le cours de l’Histoire
Rafid Al Janabi, un Irakien, fuit son pays en 1995. En 1999, il est approché par les services de renseignement allemands, le BND, et devient leur informateur sous le nom de code Curveball. Il affirme alors que le régime irakien possède des camions permettant de transporter des armes biologiques. Malgré les doutes et les mises en garde des agents allemands, l’information est transmise aux services américains.
Le 5 février 2003, devant l’ONU, le secrétaire d’État américain Colin Powell déclare s’appuyer sur des sources variées, certaines techniques, d’autres si sensibles qu’elles menacent la vie de leurs auteurs. Il accuse l’Irak de n’avoir fait aucun effort pour se désarmer et de dissimuler son programme d’armes de destruction massive. La guerre en Irak est déclenchée, et les lecteurs de John le Carré ne peuvent que remarquer les ressemblances entre la fiction et la réalité.
Un podcast pour comprendre les coulisses du renseignement
Dans cet épisode de Nid d’espions, Charlotte Baris et Etienne Girard, directeur adjoint de la rédaction de L’Express et spécialiste des questions d’espionnage, retracent le portrait de John le Carré, cet écrivain au réalisme saisissant. L’épisode, écrit et présenté par Charlotte Baris, monté et réalisé par Jules Krot, est disponible sur les principales plateformes d’écoute, notamment Apple Podcasts, Spotify, Deezer, Podcast Addict et CastBox.
Ce récit illustre comment une information non vérifiée, amplifiée par des services de renseignement, peut avoir des conséquences géopolitiques majeures. L’épisode invite à réfléchir au rôle des espions et à la frontière parfois mince entre réalité et fiction dans le monde du renseignement.



