Mojtaba Khamenei, le fils désigné pour succéder à son père comme Guide suprême iranien
Mojtaba Khamenei, successeur désigné de son père en Iran

La succession de Khamenei se précise en faveur de son fils Mojtaba

Quatre jours après le décès d'Ali Khamenei, son second fils Mojtaba apparaît désormais comme le candidat principal pour occuper le poste de Guide suprême de l'Iran. Lors de deux réunions virtuelles de l'Assemblée des experts, l'organe composé des 88 principaux clercs du régime, le nom de Mojtaba Khamenei a été identifié comme le successeur le plus probable, selon plusieurs responsables iraniens ayant requis l'anonymat.

Une annonce retardée par des considérations sécuritaires

Selon le New York Times, l'annonce officielle de cette succession était initialement prévue pour ce mercredi matin, mais elle a été reportée en raison de réserves exprimées par certains membres. Ces derniers craignent en effet que Mojtaba Khamenei ne devienne une cible prioritaire pour les États-Unis et Israël. Cette préoccupation sécuritaire s'est trouvée renforcée par une frappe israélienne ayant détruit le bâtiment où devaient se réunir les membres de l'Assemblée. Selon une agence de presse proche du pouvoir iranien, le bâtiment était heureusement vide au moment du bombardement.

Un homme d'influence au cœur du pouvoir

Figure influente du régime iranien et très proche des Gardiens de la révolution, Mojtaba Khamenei, âgé de 56 ans, manœuvre depuis longtemps dans les arcanes du pouvoir. Jusqu'à présent, il gérait le Beit, le bureau chargé de valider toutes les décisions prises par l'État iranien. Bien qu'il ait progressivement disparu de la scène publique ces dernières années, il était perçu comme l'héritier politique naturel de son père.

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« Mojtaba est le choix le plus sage en ce moment parce qu'il est intimement familier avec la gestion et la coordination des appareils de sécurité et militaires », explique l'analyste iranien Mehdi Rahmati au New York Times. « Il était en charge de cela. »

Un parcours révolutionnaire et théologique

Adepte de la ligne dure du régime, le fils de l'ancien ayatollah a étudié la théologie au séminaire de Qom, suivant ainsi les traces de son père et d'Ali Larijani, qui assure actuellement l'intérim à la tête de l'Iran. S'il n'a jamais exercé de fonctions publiques officielles – ce qui pourrait constituer un frein à sa nomination – Mojtaba Khamenei s'est construit une légitimité révolutionnaire en servant dans l'armée iranienne dès l'âge de 17 ans, notamment pendant la guerre contre l'Irak.

Le paradoxe d'une succession dynastique

La nomination de Mojtaba Khamenei pour succéder à son père représenterait un paradoxe majeur pour un régime construit sur la révolution de 1979, qui s'opposait fermement à la monarchie des Pahlavi. L'ancien Premier ministre iranien Mir Hossein Moussavi s'était d'ailleurs étonné de cette possibilité dès 2022.

« Des rumeurs sur ce complot circulent depuis 13 ans. S'ils ne le poursuivent pas vraiment, pourquoi ne démentent-ils pas une telle intention une fois pour toutes ? », avait-il écrit, selon le Guardian. L'Assemblée des experts avait alors balayé ces soupçons, affirmant qu'elle sélectionnerait « les plus qualifiés et les plus appropriés ».

Un message fort pour l'Iran et l'international

L'élection de Mojtaba Khamenei comme prochain Guide suprême enverrait un message puissant, tant en Iran qu'à l'échelle internationale. Porté par les Gardiens de la révolution, il symboliserait une continuité à la tête du pays pour les partisans du régime, alors que celui-ci traverse l'une des périodes les plus instables de son histoire.

Pour les opposants au régime des mollahs, le « fils de » est cependant l'un des responsables politiques ayant ordonné la répression ayant causé la mort d'au moins 7 000 Iraniens lors des récentes manifestations. Les réformistes iraniens le considèrent également comme un acteur clé de la sanglante répression du « mouvement vert » de 2009, qui dénonçait des fraudes électorales.

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Un patrimoine controversé de 115 millions d'euros

Nom clivant en Iran, Mojtaba Khamenei représente pour beaucoup la corruption et les détournements du régime. En janvier dernier, une enquête de Bloomberg révélait qu'il était à la tête d'un empire immobilier de luxe à travers le monde, évalué à plus de 100 millions de livres sterling (environ 115 millions d'euros).

Contournant les sanctions américaines qui le visent depuis 2019, il posséderait onze propriétés à Londres, une villa à Dubaï, des hôtels cinq étoiles à Francfort et à Majorque, ainsi que des comptes bancaires en Suisse, au Liechtenstein et aux Émirats arabes unis. Selon l'enquête, il se cacherait derrière un réseau tentaculaire de sociétés écrans, certains documents étant même au nom du magnat de la construction iranien Ali Ansari.

Une ligne anti-occidentale qui pourrait durcir les relations

Sur le plan international, le choix de Mojtaba Khamenei serait perçu comme un défi lancé aux Américains et comme la preuve que le régime ne souhaite pas négocier avec eux. Donald Trump a d'ailleurs exprimé ses craintes lors d'une conférence de presse, affirmant vouloir éviter le « pire » scénario : « Quelqu'un prend le relais qui est aussi mauvais que la personne précédente ».

La ligne anti-occidentale que représente Mojtaba ne facilitera certainement pas le dialogue avec les États-Unis. Cette position pourrait même devenir une affaire personnelle pour lui, ayant perdu non seulement son père dans le bombardement, mais aussi sa femme, sa mère et l'un de ses fils.