Mexique : l'élimination d'El Mencho provoque une vague de violence inédite dans huit États
Mexique : violence après l'élimination du chef du cartel CJNG

L'élimination d'El Mencho plonge le Mexique dans une spirale de violence

La mort de Nemesio Oseguera Cervantes, plus connu sous le pseudonyme « El Mencho », chef suprême du puissant cartel de la drogue Jalisco Nueva Generacion (CJNG), a provoqué une flambée de violence sans précédent à travers le territoire mexicain. Tué dimanche 22 février par les forces armées mexicaines, cette élimination spectaculaire a immédiatement déclenché une série de représailles criminelles d'une ampleur exceptionnelle.

Huit États paralysés par les représailles criminelles

En réaction à la neutralisation de leur leader, les membres du CJNG ont organisé des blocages routiers et commis de nombreuses exactions dans huit États fédérés différents. Des fusillades meurtrières ont éclaté un peu partout, faisant des dizaines de victimes parmi les forces de l'ordre fédérales comme parmi les criminels eux-mêmes. La ville de Guadalajara, deuxième plus grande métropole du pays, s'est transformée en véritable ville fantôme pendant plusieurs heures, les habitants se terrant chez eux par crainte des affrontements.

Un changement de stratégie sous la présidence Sheinbaum

Cette opération militaire s'inscrit dans le nouveau cap tracé par la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum depuis son arrivée au pouvoir en octobre 2024. Alors que son prédécesseur avait opté pour la stratégie « Abrazos, no balazos » (« des embrassades, pas des balles »), qui s'est rapidement révélée inefficace face à des cartels aussi violents qu'organisés, Mme Sheinbaum a choisi une approche plus frontale. Depuis plusieurs mois, les forces armées ont été massivement mobilisées et les opérations commando se sont multipliées, avec l'élimination d'El Mencho comme point d'orgue de cette nouvelle politique.

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La pression américaine et les limites de la « décapitation »

Cette offensive s'inscrit également dans le contexte d'une pression accrue des États-Unis, qui exigent des résultats plus concrets dans la lutte contre le narcotrafic. Washington, particulièrement préoccupé par l'afflux massif de fentanyl sur son territoire, a multiplié les injonctions à coopérer et à intensifier les actions contre les cartels. Bien que le gouvernement mexicain affirme que la mort d'El Mencho démontre la capacité de l'État à frapper le narcotrafic à sa tête, l'opération a bénéficié du soutien crucial des renseignements américains.

Cette coopération ponctuelle prouve son efficacité, mais l'histoire récente montre que l'élimination d'un baron de la drogue ne met pas fin à la violence. Depuis le début de la « guerre contre la drogue » au Mexique en 2006, plusieurs leaders ont été neutralisés sans pour autant pacifier le pays. La capture puis l'extradition vers les États-Unis de Joaquín « El Chapo » Guzmán, chef du cartel de Sinaloa, en janvier 2017, n'a pas empêché son organisation de continuer à fonctionner, même fragmentée en factions rivales.

Un défi structurel qui persiste

La dissolution apparente du redoutable cartel de Los Zetas n'a fait que fragmenter la criminalité en réseaux encore plus imprévisibles et incontrôlables. Autrement dit, la « décapitation » des groupes criminels n'a pas abouti à la pacification promise ni à un ralentissement substantiel du narcotrafic. L'élimination d'El Mencho porte indubitablement un coup dur aux réseaux de commandement du CJNG, mais cette victoire tactique risque de rester sans lendemain si elle ne s'accompagne pas d'une intensification de la lutte contre les réseaux financiers, logistiques et de collusion institutionnelle.

Mme Sheinbaum a commencé à s'attaquer à ces problèmes structurels, mais d'énormes progrès restent à accomplir. Pour les Mexicains, la mesure du succès n'est pas l'arrestation ou la mort d'un chef de cartel, mais la baisse concrète de la violence quotidienne. Le pays compte plus de 400 000 morts et 100 000 disparus recensés au cours des vingt dernières années, un bilan tragique qui illustre l'ampleur du défi.

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L'État mexicain doit désormais trouver le moyen de rompre le cycle sans fin par lequel chaque élimination d'un chef criminel rebat les cartes sans véritablement mettre fin à l'emprise du narcotrafic. La grande question qui se pose aujourd'hui est de savoir qui va remplacer El Mencho à la tête du CJNG, car une figure plus faible pourrait entraîner encore plus d'instabilité et de violence dans un pays déjà profondément meurtri.