La disparition de Khamenei ébranle l'axe autoritaire et renforce l'impératif ukrainien
L'infâme junte iranienne, composée des mollahs et des gardiens de la révolution, a perdu certains de ses éléments les plus radicaux, notamment le guide suprême Ali Khamenei. Si cette disparition ne rendra pas la vie aux dizaines de milliers de manifestants et d'opposants massacrés ces dernières semaines, elle représente néanmoins une forme de justice historique.
Une justice qui dépasse les frontières iraniennes
Cette justice s'étend également aux victimes françaises des actions du régime iranien et de ses proxies : les 58 parachutistes français tués à Beyrouth en 1983, les 7 morts de l'attentat de la rue de Rennes en 1986, et les 42 Français assassinés par le Hamas - armé par Téhéran - le 7 octobre 2023. Ces drames rappellent l'étendue de la menace que représente ce régime pour la sécurité internationale.
Poutine, victime collatérale des frappes occidentales
Dans cette affaire, une victime collatérale notable émerge : Vladimir Poutine. Le Kremlin, complice de longue date du régime iranien, voit son principal allié au Moyen-Orient sérieusement affaibli. Les drones Shahed iraniens, qui sèment la mort et la destruction en Ukraine, illustrent parfaitement cette alliance toxique entre autocraties.
Dans son ouvrage remarqué Autocratie(s). Quand les dictateurs s'associent pour diriger le monde (Grasset, 2025), l'historienne Anne Applebaum décrypte le fonctionnement de cette « amicale des tyrans », cimentée autant par la cupidité que par la haine commune de la démocratie libérale et des valeurs occidentales.
L'Ukraine, première ligne de défense européenne
Les difficultés accrues des mollahs et de leurs gardiens de la révolution constituent donc une mauvaise nouvelle pour le Kremlin, renforçant d'autant plus la nécessité de soutenir l'Ukraine. Le Premier ministre polonais Donald Tusk l'a formulé avec justesse le mois dernier : « Certains disent que l'Ukraine devrait être reconnaissante pour tout. La vérité est exactement l'inverse. C'est plutôt nous qui devrions être reconnaissants envers l'Ukraine. »
La fin des « vacances de l'Histoire »
Il convient de mesurer l'exploit réalisé par les forces ukrainiennes. Depuis trois ans, l'armée russe n'a conquis qu'environ 1% du territoire ukrainien, et ces dernières semaines, ce sont plutôt les troupes ukrainiennes qui progressent, aidées notamment par les perturbations du système Starlink affectant les capacités russes.
À moins d'appartenir à la guilde des défaitistes professionnels ou à la confrérie des idiots utiles du Kremlin (parfois également ceux de Téhéran), il est difficile de considérer la cause ukrainienne comme perdue. Cela ne signifie évidemment pas que Vladimir Poutine capitulera facilement, même si son économie commence à souffrir sérieusement et que le recrutement peine à compenser les pertes sur le front.
Résister aux pressions internes et externes
La persévérance s'impose face à plusieurs défis. Il faut d'abord résister à la pression de Donald Trump, qui souhaiterait se glorifier d'un cessez-le-feu avant les midterms américains, quitte à forcer la main de Kiev. Pour cela, l'Europe doit contourner le chantage de Viktor Orbán, qui menace de bloquer le prêt européen de 90 milliards d'euros destiné à l'Ukraine.
L'Europe se réveille stratégiquement
Des raisons d'espérer existent cependant. L'Europe, qui a réussi - contre beaucoup d'attentes - à se substituer partiellement aux États-Unis dans le soutien à l'Ukraine, entame un réarmement significatif et esquisse les contours d'une autonomie stratégique, ou du moins d'une réduction de sa dépendance. Le discours d'Emmanuel Macron sur la dissuasion nucléaire européenne s'inscrit dans cette dynamique salutaire.
Le réveil géopolitique européen
Les « vacances de l'Histoire », expression prononcée par Friedrich Merz à Davos et empruntée au philosophe Peter Sloterdijk, semblent bel et bien terminées. Sloterdijk lui-même, dans son nouvel ouvrage Le Livre de l'Europe (Payot), exprime cet optimisme prudent lors d'un entretien avec Christophe Ono-dit-Biot : « Le signal d'alarme de la réalité géopétitique a été entendu dans toute l'Europe, et les Européens semblent décidés à réapprendre le texte de leur rôle sur la scène du grand théâtre du monde. »
Le philosophe, critique historique de la « translatio imperii » qui consiste à rejouer sans cesse l'Empire romain, ne tiendra certes pas un discours de puissance traditionnel. Mais l'essentiel réside ailleurs : il s'agit de préserver cette « mémoire tragique » chère à Sloterdijk tout en évitant l'hybris qui affecte nos adversaires.
La voie à suivre est claire : continuer à envoyer des canons à l'Ukraine tout en développant nos propres capacités de défense. Que Poutine, l'allié du défunt Khamenei, comprenne enfin que l'Occident ne capitulera pas face à ses ambitions expansionnistes. La sécurité européenne se construit aujourd'hui sur les champs de bataille ukrainiens, et chaque soutien apporté à Kiev renforce notre propre résilience face aux autocraties.



