Israël et l'Iran : de l'équilibre régional à la guerre ouverte pour l'hégémonie
Israël-Iran : la guerre pour l'hégémonie régionale expliquée

Israël et l'Iran : une guerre larvée devenue confrontation ouverte

Bien que leurs armées ne se soient jamais directement affrontées sur un champ de bataille, Israël et l'Iran sont en guerre depuis plusieurs décennies. Ce conflit a longtemps été mené dans l'ombre, souvent par supplétifs interposés, notamment du côté iranien. Avant l'attaque du 7 octobre 2023, les deux nations avaient toutefois réussi à établir un équilibre régional précaire, sans pour autant renoncer à leur hostilité mutuelle.

Un équilibre régional fragile avant le 7 octobre 2023

À la frontière libanaise, un cessez-le-feu relatif était en vigueur. En 2015, l'accord du JCPOA, signé entre Téhéran, les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité et l'Allemagne, avait temporairement écarté la menace d'une acquisition de l'arme nucléaire par l'Iran. Parallèlement, les accords d'Abraham avaient consacré Israël comme le garant de la sécurité des monarchies du Golfe, formant une alliance de facto face à l'ennemi commun.

La cause palestinienne semblait alors tombée en déshérence, avec Jérusalem s'accommodant du règne du Hamas à Gaza, allant jusqu'à tolérer son financement par le Qatar. Les puissances arabes traditionnelles, telles que l'Irak affaibli par l'intervention américaine de 2003, la Syrie engluée dans une guerre civile interminable, ou l'Égypte fragilisée par des crises politiques, sociales et économiques, ne pesaient plus suffisamment pour contester la suprématie de l'État juif.

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Le massacre du 7 octobre : un tournant décisif

L'attaque du 7 octobre 2023 a radicalement remis en cause cet équilibre. Sa gravité exceptionnelle a convaincu Israël qu'un retour au statu quo antérieur était impossible, car il impliquait des risques inacceptables. Dès lors, l'objectif est devenu non seulement d'infliger une défaite majeure au Hamas, mais aussi de mettre un terme à la vulnérabilité inhérente à la notion d'équilibre régional. En effet, la dissuasion suppose que l'adversaire ait les moyens de se défendre et donc de menacer, ce qu'Israël a décidé de ne plus tolérer.

Israël a ainsi opté pour une stratégie de sécurité fondée sur une supériorité absolue, visant à le mettre à l'abri de tout danger. En parallèle des opérations à Gaza, le pays a lancé une vaste entreprise de redéfinition de la réalité géopolitique régionale à son profit, comme l'a récemment expliqué Benyamin Netanyahou dans son adresse du 7 mars.

Les actions territoriales et militaires d'Israël

Sur le plan territorial, Israël a créé des « zones de sécurité » frontalières au Liban et en Syrie, d'où les populations locales ont été expulsées de manière apparemment permanente. En Cisjordanie, la colonisation a été accélérée, avec une liberté d'action laissée aux colons les plus violents, au détriment des Palestiniens.

Militairement, Israël a porté des coups durs au Hezbollah, à l'appareil extérieur du Hamas et aux Houthis, tous alliés de l'Iran. La défaite du Hezbollah ayant contribué à la chute du régime d'Assad, Israël s'est employé à affaiblir son successeur via les Druzes et les Kurdes.

L'Iran : dernier obstacle à l'hégémonie israélienne

Pour Israël, l'ennemi iranien reste le seul obstacle à l'hégémonie qu'il cherche à imposer dans la région, souvent avec la connivence des États du Golfe. La confrontation militaire est devenue inévitable, d'autant que la dénonciation de l'accord nucléaire par Trump en 2018 a conduit l'Iran à reprendre l'enrichissement d'uranium à des niveaux compatibles avec un programme nucléaire, même si l'Agence Internationale de l'Énergie Nucléaire et les services de renseignement américains estiment qu'il n'a pas encore fabriqué d'arme.

Les bombardements de juin ont servi de prologue à cette guerre, mettant en évidence la faiblesse militaire de l'Iran. L'objectif actuel est une victoire définitive, visant à éliminer l'Iran en tant que grande puissance régionale, corollaire de la quête israélienne d'une sécurité absolue.

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L'intervention américaine : une énigme persistante

L'intervention américaine dans ce conflit reste en partie inexplicable. Les États-Unis s'étaient partiellement retirés du Moyen-Orient, une région ayant perdu de sa centralité depuis qu'ils sont devenus exportateurs d'énergie grâce au gaz de schiste. Ils avaient même sous-traité la sécurité régionale à Israël via les accords d'Abraham. Donald Trump avait également promis de mettre fin aux engagements militaires extérieurs de ses prédécesseurs, particulièrement au Moyen-Orient.

Pourtant, les États-Unis se sont engagés dans une opération risquant l'embourbement, avec des objectifs fluctuants : changement de régime, capitulation de l'ennemi, ou simple affaiblissement. Déjà, des déclarations de victoire émergent, ce qui pourrait permettre de mettre un terme à une intervention confrontée à une résistance obstinée de l'Iran, non anticipée.

L'avenir incertain de l'alliance Trump-Netanyahou

Malheureusement, même une fin des hostilités ne signifierait pas la fin de la confrontation. Si Israël a cessé ses opérations en juin sur ordre de Trump, il est peu probable qu'il en fasse de même aujourd'hui, déterminé à régler une fois pour toutes ce qu'il considère comme une menace existentielle. Cela pourrait créer un moment délicat entre Washington et Jérusalem, testant la solidité de leur alliance.

En somme, la guerre entre Israël et l'Iran marque un tournant géopolitique majeur, avec Jérusalem cherchant à imposer son hégémonie par la force, tandis que Téhéran résiste farouchement, dans un contexte régional profondément transformé.