La guerre américano-iranienne : Une offensive aux objectifs flous
Depuis samedi matin, la colère américaine s'abat sur l'Iran avec une pluie de bombes qui vise la République islamique. Les États-Unis, main dans la main avec Israël, affirment ouvertement leur volonté de faire tomber le régime des mollahs. Plusieurs figures importantes ont déjà été éliminées, dont le guide suprême Ali Khamenei qui dirigeait le pays d'une main de fer depuis 1989.
Des objectifs stratégiques incertains
La guerre est donc déclarée, mais sa durée reste une grande inconnue. « Tout dépend des objectifs à atteindre et personne ne sait ce que Donald Trump veut obtenir exactement », souligne Bertrand Badie, professeur émérite des universités à Sciences Po Paris et spécialiste des relations internationales. Décapiter le régime iranien ou laisser le peuple prendre le pouvoir représentent des scénarios possibles. Cette approche permet surtout au président américain de se désengager politiquement par la suite, évitant ainsi de s'enliser dans un bourbier semblable à l'Irak de George W. Bush.
Grâce à ce flou stratégique entretenu, Donald Trump pourra toujours affirmer avoir atteint ses objectifs si besoin d'une porte de sortie, et crier victoire avec les résultats déjà obtenus. Cependant, cette imprécision dans les buts de guerre pourrait nuire aux relations entre Israël et les États-Unis. Contrairement à son homologue américain, « Benyamin Netanyahou a plus intérêt à ce que le conflit traîne dans la durée, notamment pour des raisons de survie politique, ce qui peut engendrer de possibles tensions entre les deux pays alliés », prévient Bertrand Badie.
Des capacités militaires exceptionnelles mais limitées
Les États-Unis disposent de capacités militaires « à une autre échelle que le reste du monde », selon Didier Gros, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique. « Ils sont présents partout dans le globe avec les moyens logistiques d'agir en tout point et à tout moment », ajoute-t-il. Leur offensive aérienne bénéficie du soutien israélien et pourrait recevoir l'appui des Européens, qui n'écartent pas la possibilité d'engager des moyens de défense.
Néanmoins, le matériel militaire ne pourra pas tenir dans la durée. C'est pourquoi Donald Trump table sur quatre semaines, un pari « pas incohérent » selon Didier Gros. Surtout si la stratégie « d'agir de manière brutale et fulgurante » est maintenue, permettant ainsi d'affaiblir profondément et durablement la République islamique pour obtenir « des résultats rapides ».
Même si les bases américaines du Moyen-Orient sont prises pour cibles par l'Iran, les États-Unis s'étaient préparés en renforçant leurs moyens d'interception de missiles et de drones. Ils peuvent également ravitailler leurs bases grâce aux ressources des deux porte-avions, le Gerald-Ford et l'Abraham-Lincoln, accompagnés de treize navires de guerre.
L'Iran désorganisé face à l'offensive
Face à cette puissance militaire, l'Iran apparaît « assez désorganisé » et montre une réaction « loin d'être massive et efficace », remarque Didier Gros. « Il faut en outre prendre en compte qu'au fil des attaques le nombre de cibles à détruire diminue, rendant les besoins logistiques moins importants », complète Thibault Fouillet, chargé de recherche à la FRS.
Les contraintes politiques internes et globales
Les États-Unis n'auraient ni les moyens ni l'intérêt de poursuivre la guerre sur le long terme. Ils se sont rendu compte avec le conflit en Ukraine que leurs ressources n'étaient pas « inépuisables », note Didier Gros qui estime au maximum une durée de « deux à trois mois ». Le pouvoir américain ne perd pas de vue la situation globale, notamment son opposition à l'adversaire chinois. « C'est une équation prise en compte en permanence : trouver comment s'engager tout en gardant une force de dissuasion », confirme le chercheur.
Les effets imprévisibles des conflits représentent un autre risque majeur. Entre ce qui est prévu et ce qui se passe en réalité, la marge d'erreur peut être considérable. « Les effets de surprise, les réactions inattendues, les débordements, la réalité rattrape parfois les discours », appuie Bertrand Badie.
Les freins potentiels à l'offensive américaine
Plusieurs facteurs pourraient ralentir les ambitions américaines :
- La réaction des alliés du Golfe, notamment les pétromonarchies, surtout si le conflit s'inscrit dans la durée et empiète sur leurs propres intérêts économiques et stratégiques.
- L'opinion publique américaine dans une année électorale cruciale avec les midterms en novembre. Des pertes trop lourdes du côté de l'US Army pourraient nuire à l'image de Donald Trump. Avec quatre morts côté américain en deux jours, si la guerre se prolonge, le bilan pourrait s'alourdir considérablement.
« Donald Trump n'a pas de principe ni de stratégie, il a un marketing électoral », martèle Bertrand Badie. Avec 49% des Américains qui se prononcent contre ces frappes, le président pourrait être contraint de revoir ses ambitions à la baisse pour préserver ses chances électorales.
La guerre contre l'Iran se présente donc comme un conflit aux multiples dimensions, où la puissance militaire américaine se heurte aux réalités politiques internes et aux équilibres géostratégiques globaux. La capacité de Donald Trump à maintenir son offensive dépendra largement de sa faculté à naviguer entre ces différentes contraintes tout en préservant ses intérêts électoraux.



