Iran : la liberté promise s'éloigne-t-elle dans le brouillard de la guerre ?
En Iran, la liberté tant attendue se révèle-t-elle être un simple mirage ? Dans une tribune percutante, la journaliste Mémona Hintermann revient sur les espoirs déçus du peuple iranien, un mois après le début des hostilités. Alors que la diaspora pleurait de joie face aux promesses de libération, la réalité du terrain peint un tableau bien plus sombre et complexe.
Des promesses qui s'évaporent face à la dure réalité
Il y a quatre semaines, l'euphorie était palpable. Donald Trump et Benjamin Netanyahou assuraient que la liberté était à portée de main, que le peuple iranien n'attendait qu'un signal pour descendre dans les rues et reprendre son destin. Les porte-voix de la diaspora multipliaient les interventions télévisées, annonçant l'imminence d'un soulèvement populaire. Pourtant, le mur des réalités n'est pas tombé.
Le système mis en place par l'ayatollah Khomeini a été conçu pour durer et endurer les tempêtes. Malgré les bombardements initiaux qui ont touché le guide suprême et plusieurs dignitaires, la structure du régime résiste. Plus les jours passent, moins le renversement paraît réalisable à court terme, sauf miracle improbable.
Le revirement des puissances internationales
Lors de ses conférences de presse quasi quotidiennes, le président américain Donald Trump ne parle plus de l'effondrement du système politico-militaro-religieux iranien. En bon agent immobilier sachant sonder les doutes, il a changé de discours sans état d'âme. Désormais, il évoque des négociations avec les Iraniens, abandonnant le terme de reddition pour celui de capitulation, signifiant ainsi que le régime des mollahs pourrait être sauvé.
Ce revirement stratégique sonne comme un adieu au rêve de liberté pour ceux qui y ont cru. En Amérique, en Europe et ailleurs, chacun redevient « raisonnable » face aux considérations économiques et politiques. La priorité pour Trump semble être de trouver le bon moment pour quitter cette scène de guerre, perçue comme un piège potentiel.
La prudence du peuple iranien face aux promesses trompeuses
Le peuple iranien a-t-il anticipé ce lâchage ? Probablement. Sa sagesse collective l'a empêché de s'exposer à de nouvelles tueries de masse, comme celles survenues en janvier. Reza Pahlavi, fils de l'ancien Shah et figure potentielle d'un pouvoir de transition, avait d'ailleurs conseillé cette prudence : ne pas sortir sans être assuré de rester en vie.
D'autres insurgés ont payé le prix fort d'une confiance aveugle en la parole donnée. L'histoire récente rappelle l'insurrection de Budapest en 1956, où Radio Free Europe promettait l'arrivée des GI's pour libérer la Hongrie du joug soviétique. Les Américains ont fermé les yeux, les soldats sont restés dans leurs bases, et le peuple hongrois a été massacré.
Les réticences européennes face à un afflux de réfugiés
Si rien ne change fondamentalement à Téhéran dans la pratique du pouvoir, les Européens verseront probablement des larmes de crocodiles, par réalisme politique. Qui veut accueillir des centaines de milliers de réfugiés, comme l'Allemagne l'a fait en 2015 face à l'État islamique en Syrie ? Le chancelier allemand Friedrich Merz a publiquement mis en garde contre un nouvel afflux massif d'immigrants.
En pré-année électorale, ce sujet constituerait également un problème brûlant pour la France, ajoutant une dimension géopolitique complexe aux espoirs de libération du peuple iranien.
La liberté : un rêve qui ne dépend que de soi
Finalement, si le peuple iranien veut se libérer, il sait qu'il ne devra compter que sur lui-même. Pour revenir au centre de la scène, non plus dans un théâtre de guerre mais de paix, il devra puiser dans ses propres forces. Souvent, la liberté a commencé par un rêve, mais sa réalisation exige bien plus que des promesses extérieures.
La tribune de Mémona Hintermann souligne ainsi l'écart croissant entre les discours internationaux et la réalité sur le terrain, invitant à une réflexion sur les limites des interventions étrangères et la résilience des régimes autoritaires.



