L'escalade régionale s'étend aux pays du Golfe
Trois jours seulement après le début des frappes américano-israéliennes sur son territoire, l'Iran a déclenché une série d'attaques contre plusieurs pays du Golfe pourtant généralement épargnés par les conflits régionaux. Les Émirats arabes unis, le Qatar, l'Arabie saoudite, le Koweït et Bahreïn ont tous été touchés par cette offensive iranienne qui marque une dangereuse escalade dans la région.
Des cibles stratégiques américaines
Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a justifié ces attaques en les qualifiant de frappes contre des « cibles légitimes », allant jusqu'à demander aux pays visés de faire preuve de « compréhension ». La position géographique des États-Unis, trop éloignés pour être directement atteints, explique cette stratégie de frappes par pays interposés.
Washington s'est effectivement implanté de manière significative dans la région, notamment au Qatar où se trouve la base d'Al-Oudeid, la plus grande installation militaire américaine du Moyen-Orient. Ces pays abritent également d'importants intérêts économiques et stratégiques américains, ce qui en fait des cibles de choix pour le régime iranien.
La reconnaissance d'Israël, un facteur déterminant
Les États arabes du Golfe persique paient aussi leur reconnaissance diplomatique d'Israël et les accords d'Abraham signés en 2020 entre les Émirats arabes unis, Bahreïn et l'État hébreu. « Ces accords ont été considérés comme une sorte de trahison. Non seulement par l'Iran mais sans doute aussi par de nombreux pays arabes qui ont refusé de s'y joindre », souligne Marc Lavergne, directeur de recherche émérite au CNRS et géopolitologue.
Une stratégie à haut risque pour Téhéran
Sans direction claire depuis la mort du guide suprême Khamenei samedi, le régime des mollahs espère faire pression indirectement sur les États-Unis. « En attaquant leurs alliés, l'Iran souhaite qu'ils fassent ensuite pression sur Washington ou sur Israël, afin qu'ils mettent fin aux hostilités », explique Camille Lons, chercheuse pour le European Council on Foreign Relations.
Changer de doctrine après la retenue passée
L'équilibre s'avère toutefois difficile à trouver pour Téhéran. L'année dernière, lors de la guerre des Douze jours où Washington et Tel-Aviv avaient frappé les infrastructures nucléaires iraniennes, le régime avait relativement épargné les pays du Golfe pour préserver les canaux diplomatiques.
Cette retenue avait fini par apparaître comme une vulnérabilité, les États-Unis estimant pouvoir agir sans que leurs alliés du Golfe ne soient touchés. Cette fois, Téhéran cherche clairement à rétablir un effet dissuasif, selon l'analyse de Camille Lons, même si cette méthode risquée pourrait crisper durablement les relations avec les monarchies du Golfe.
Des attaques économiques et symboliques
Les intérêts militaires américains ne sont pas les seules cibles du régime iranien. Les infrastructures économiques vitales ont également été visées :
- L'aéroport international de Dubaï, plaque tournante du transport aérien régional
- Le Zayed International Airport à Abou Dhabi
- Le Kuwait International Airport au Koweït
- Plusieurs ports commerciaux stratégiques
Frapper au portefeuille mondial
« Téhéran frappe au portefeuille. En attaquant ces pays, le régime veut toucher l'économie mondiale. Dubaï, notamment, est l'un des moteurs de l'économie internationale », analyse Marc Lavergne. Le verrouillage du détroit d'Ormuz, artère maritime essentielle du commerce mondial, pourrait faire exploser les prix des carburants déjà en hausse, une situation que l'Iran espère exploiter pour pousser l'administration américaine à l'apaisement.
Un calcul économique risqué
Économiquement, le régime se « tire un peu une balle dans le pied », note Marc Lavergne. Dubaï reste vitale pour l'Iran avec des dizaines de vols quotidiens vers les villes iraniennes et un trafic maritime commercial intense entre les ports iraniens et la mégalopole émiratie. Mais le régime, jouant sa survie, semble prêt à sacrifier cet avantage économique.
Des frappes symboliques déstabilisantes
Acculés, les Gardiens de la Révolution utilisent toutes les cartes en main, y compris les plus symboliques. Des hôtels de luxe et même des zones résidentielles (comme à Bahreïn) ont été touchés, envoyant un message clair sur la vulnérabilité de ces pays.
« Ça a un impact fort pour des pays qui ont beaucoup travaillé leur image de stabilité au Moyen-Orient et qui misent là-dessus pour attirer investisseurs comme touristes », explique Camille Lons. Ces frappes démontrent que les refuges traditionnels de la région ne sont plus à l'abri des représailles iraniennes, marquant un tournant dans la géopolitique moyen-orientale.



