L'Iran face à un tournant historique après la disparition de son Guide suprême
Quarante-sept ans après la Révolution islamique, la mort de l'ayatollah Khamenei ouvre une nouvelle page de l'histoire iranienne, une page remplie d'inconnu et de chaos potentiel. Dans cette période de doutes profonds, des noms familiers refont surface : celui d'Ali Ahmad Khomeini, petit-fils du premier Guide suprême ; celui de Reza Pahlavi, fils du dernier chah d'Iran, en exil depuis 1979. Deux camps de la Révolution, deux incarnations d'un avenir possible pour cette nation en pleine tourmente.
Un vide du pouvoir sans précédent dans la République islamique
Du côté du régime iranien, la mort de l'ayatollah Khamenei à l'âge de 86 ans laisse un vide béant. Le Guide suprême régnait simultanément sur le gouvernement, les religieux, l'armée régulière et les redoutables Gardiens de la révolution. Selon la Constitution, une assemblée des experts, composée de 88 hauts dignitaires religieux, doit se réunir prochainement pour nommer le prochain chef d'État.
"Mais la République islamique n'a connu qu'une seule succession dans son histoire, et jamais en temps de guerre", souligne Alex Vatanka, auteur de The Battle of the Ayatollahs in Iran (2021). "La dernière transition, en 1989, était le résultat d'arrangements occultes. Les 88 religieux valident seulement le nom d'un candidat, qui sera probablement choisi par les Gardiens de la révolution cette fois."
Ali Ahmad Khomeini : l'héritier désigné du régime
Le nom qui émerge des coulisses du pouvoir iranien est bien connu : Ali Ahmad Khomeini, petit-fils du fondateur de la République islamique. "Il est le favori dans la course à la succession", assure le chercheur Nozar Vaziri dans une analyse pour New Lines Institute. "Dans les traditions du clergé chiite, le pouvoir se transmet du père à son fils le plus âgé ou le plus capable. Ali Ahmad Khomeini, qui est à la fois un islamiste et un homme politique astucieux et efficace, apparaît comme le meilleur candidat au poste de Guide suprême au sein de son clan."
Autre atout majeur : sa femme, petite-fille du grand ayatollah Ali al-Sistani d'Irak, donnerait au nouveau Guide une assise régionale particulièrement utile en cette période de tensions internationales. Ces dernières semaines, le petit-fils de l'ayatollah Khomeini s'est distingué par plusieurs apparitions publiques remarquées, dont un éloge funèbre très commenté après la mort de Khamenei.
"A l'inverse, le propre fils de Khamenei, Motjaba, lui aussi pressenti pour succéder à son père, n'a pas pris la parole, ce qui laisse supposer que le petit-fils du fondateur de la République islamique a de grandes chances d'être nommé Guide suprême", estime Nozar Vaziri.
Reza Pahlavi : l'opposant monarchiste en quête de légitimité
Dans le camp d'en face, un nom ressort d'une opposition fracturée : celui de Reza Pahlavi, fils du dernier chah d'Iran et incarnation de la monarchie en exil. Ses soutiens l'appellent "prince" même s'il ne revendique pas officiellement l'héritage du trône. "Il veut incarner une autre voie pour le peuple d'Iran, une transition vers la démocratie", nous expliquait récemment un membre de son entourage.
Reza Pahlavi multiplie les apparitions depuis son arrivée sur la scène publique en 2022, dans la foulée du mouvement "Femme, vie, liberté". Il court les médias européens mais surtout américains, où il est un invité régulier de Fox News. Son discours vise à convaincre un téléspectateur en particulier : Donald Trump.
Jusqu'ici, l'ancien président américain a refusé de le recevoir, déclarant tout de même en janvier : "Il semble très sympathique, mais je ne sais pas comment il se comporterait dans son propre pays. Je ne sais pas si son pays accepterait ou non son leadership. Si c'était le cas, je m'en réjouirais."
Une bataille des récits pour l'avenir de l'Iran
La succession de Khamenei représente donc bien plus qu'un simple changement de leadership. Elle symbolise un choix fondamental pour l'avenir de l'Iran : la continuité du système théocratique avec Ali Ahmad Khomeini, ou une rupture potentielle vers un nouveau modèle avec Reza Pahlavi. Chaque camp mène sa propre bataille des récits, cherchant à imposer sa vision de l'histoire et de l'avenir.
Les prochaines semaines seront cruciales pour déterminer quelle direction prendra ce pays stratégique du Moyen-Orient, alors que les tensions régionales et internationales restent vives. L'assemblée des experts devra non seulement choisir un successeur, mais aussi définir l'orientation future de la République islamique dans un contexte géopolitique particulièrement complexe.



