Hongrie : Magyar traque les oligarques d'Orban avant son arrivée au pouvoir
Hongrie : Magyar chasse les oligarques d'Orban

Moins de quinze jours après sa victoire écrasante, Péter Magyar mène sa première bataille : la chasse au trésor des oligarques proches de Viktor Orban. Le grand gagnant des dernières législatives en Hongrie n'est pas encore au pouvoir, il n'a donc aucun moyen de s'opposer aux transferts des fortunes accumulées durant les seize ans de règne de Viktor Orban. Sa seule arme, à ce stade, est médiatique.

Aussi, le 25 avril, le leader de Tisza lance l'offensive sur X : il met en garde ceux qui, selon lui, s'emploient à mettre hors de portée leur patrimoine avant qu'il ne prenne les rênes du pays. Il aurait été informé de certains mouvements suspects.

Des jets privés et des valises diplomatiques

« Les oligarques d'Orban transfèrent des dizaines de milliards de forints (la monnaie hongroise, NDLR) vers les Émirats arabes unis, les États-Unis, l'Uruguay et d'autres pays lointains », lance-t-il comme un énorme pavé dans la mare.

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Il affirme savoir que la NAV – l'administration fiscale et douanière hongroise – a déjà suspendu plusieurs transferts liés à l'entourage d'Antal Rogan, l'un des bras droits les plus puissants de Viktor Orban, surnommé le « Richelieu hongrois ». Péter Magyar en avait fait sa cible privilégiée depuis son entrée en politique en 2024. « Je sais également que des oligarques liés à Orban ont commencé à vendre TV2 et d'autres médias à des prix inférieurs à leur valeur marchande, notamment le fleuron de la propagande lié à Rogan, Lounge Event Kft », précise-t-il.

Le futur Premier ministre appelle le procureur général, le chef de la police et le directeur de la NAV à « détenir les criminels » avant qu'ils ne s'envolent vers des pays où l'extradition serait illusoire.

Le lendemain, une enquête du Guardian abonde dans le même sens. Selon le journal britannique citant des sources au sein de Fidesz et une source gouvernementale américaine à Washington, des jets privés décollent en continu, non pas de Budapest – ce serait trop voyant – mais de Vienne. Trois membres du cercle proche d'Orban auraient déjà commencé à déplacer leurs actifs vers l'Arabie saoudite, Oman et les Émirats, mais aussi vers l'Australie et Singapour. Autant de juridictions imperméables aux demandes d'extradition européennes, et dont les circuits financiers sont suffisamment opaques pour y ensevelir un patrimoine.

Un verrou légal à sept jours

Le cas de Lorinc Mészaros concentre toutes les attentions. Cet ancien plombier-gazier, devenu grâce à ses liens avec Orban l'un des hommes les plus riches de Hongrie, serait sur le point de s'envoler pour Dubai avec sa famille. Plusieurs autres familles oligarchiques auraient déjà passé la frontière, après avoir retiré leurs enfants des écoles et organisé des dispositifs de sécurité privée pour leur départ. Quelle est la part de vérité ?

Péter Magyar ne se contente pas de dénoncer. Il pointe un problème structurel qui rend les poursuites difficiles : en l'état de la législation hongroise, la NAV ne peut suspendre un transfert bancaire suspect que sept jours au maximum – quatre jours, avec une prolongation possible de trois jours – et uniquement si une enquête policière est formellement ouverte. Sans cette enquête, les fonds repartent et on ne les reverra plus.

Le futur Premier ministre a donc demandé lundi au gouvernement Orban – encore en fonction jusqu'à début mai – d'adopter dès demain (mercredi 29 avril) un décret d'urgence portant le délai d'action des douanes à 90 jours. Une demande adressée, en somme, à ceux-là mêmes qui auraient intérêt à ce que la fenêtre des investigations reste étroite.

Les appels de Péter Magyar ne sont pas restés vains. La police hongroise, dès lundi soir, a confirmé que « des procédures sont en cours en matière d'évacuation des actifs ». Formule prudente, qui acte l'existence d'une investigation, sans en révéler ni l'ampleur ni la cible. Un des leaders de l'opposition à Orban, Andras Fekete-Gyor (cofondateur du parti Momentum), avait lui aussi alerté sur les évasions massives de capitaux. La police, un peu agacée, lui a demandé de transmettre ses preuves.

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Un courrier d'avocat pour mettre en garde Péter Magyar

Le principal mis en cause n'est pas resté sans réagir : Lorinc Mészaros, via sa compagne Andrea Varkonyi, a adressé une lettre d'avocats au futur Premier ministre. Une missive décrite par Péter Magyar comme « une supplication et une menace » contre ses accusations. Pas de quoi impressionner le nouveau maître de Budapest.

Dans sa réponse publique, Péter Magyar ironise sur les réels propriétaires cachés des médias ayant servi la propagande qu'il qualifie de « digne de Goebbels » du régime. Il accuse Antal Rogan – et non le propriétaire officiel Gyula Balasy – de négocier directement la cession de Lounge Event Kft. « À votre place, conclut-il, je ne ferais pas rédiger des lettres par des avocats. Je me préparerais aux auditions qui vous attendent au Bureau national de récupération et de défense des biens. »

Le réseau MAGA comme filet de sécurité

Pour ceux qui ne peuvent pas, ou ne veulent pas, partir vers le Golfe, une autre porte de sortie se dessine. Le Guardian révèle que plusieurs hauts cadres de Fidesz explorent des visas de travail américains, espérant s'insérer dans des institutions liées au Parti républicain. Le réseau est là : des années de lobbying d'Orbán à Washington ont débouché sur une proximité réelle avec le mouvement MAGA, dont la venue de J.D. Vance à Budapest – quelques jours avant l'élection, pour soutenir Viktor Orban dans sa campagne perdue – était la démonstration la plus spectaculaire.

Viktor Orban a lui-même annoncé qu'il voyagerait cet été outre-Atlantique pour assister à la Coupe du monde de football, un voyage présenté par son entourage comme planifié de longue date. Il est vrai que Viktor Orban n'a jamais déserté les grandes compétitions sportives et a pris un soin particulier à rénover les stades en Hongrie. Sa fille aînée et son gendre, Istvan Tiborcz – épinglé en 2018 par l'OLAF dans une affaire de marchés publics européens truqués sur des lampadaires – résident déjà à New York depuis l'été dernier. Viktor Orban a d'ailleurs renoncé à son siège de député et préfère se consacrer à la rénovation de son parti, le Fidesz.

La chasse au trésor de Péter Magyar s'engage donc dans une course contre la montre entre les autorités publiques qui doivent faire allégeance au nouveau pouvoir et les anciens alliés d'Orban qui se défendent de toute corruption. L'atmosphère de règlement de comptes à Budapest laisse entrevoir un début de mandat pétaradant.