La guerre, horizon quotidien mondial : un bilan alarmant des conflits en 2024
Guerre quotidienne mondiale : bilan alarmant des conflits 2024

La guerre, horizon quotidien mondial : un bilan alarmant des conflits en 2024

La guerre est redevenue notre horizon quotidien à l'échelle planétaire. Après les affrontements à Gaza, les tensions impliquant l'Iran et le Liban, plus loin entre le Pakistan et l'Afghanistan, ou encore entre l'Inde et le Pakistan, le tableau mondial apparaît particulièrement sombre. Depuis plus de quatre ans, les Russes bombardent sans répit les Ukrainiens, tandis que la Chine menace ouvertement Taïwan, créant un arc de crises qui s'étend sur plusieurs continents.

Un record historique de conflits étatiques

On estimait récemment qu'il y avait en cours plus de 130 conflits armés dans le monde. L'année 2024 a même établi un nouveau record avec le plus grand nombre de conflits impliquant des États depuis 1946. Massacres, déportations, marches forcées, guérillas, occupations, pillages, ruines, tueries… La litanie des violences semble ne jamais devoir prendre fin.

L'humanité en finira-t-elle jamais avec la guerre ? Cette question résonne avec une acuité particulière en cette période troublée. La Bruyère, qui vivait sous Louis XIV, le constatait déjà : « La guerre a pour elle l'antiquité ; elle a été dans tous les siècles : on l'a toujours vue remplir le monde de veuves et d'orphelins… »

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Les origines historiques des conflits perpétuels

À cette époque, on imputait aux princes, à leurs ambitions territoriales, à leur orgueil les origines des perpétuels conflits. Diderot écrivait dans « L'Encyclopédie » : « Les passions aveugles des princes les portent à étendre les bornes de leurs États… » Aussi jugeait-on que la fin des anciens régimes monarchiques devrait amener la paix entre les hommes.

Emmanuel Kant, dans son « Projet de paix perpétuelle », estimait que pour instituer une fédération d'États libres, il importait que ceux-ci soient « républicains ». Il argumentait : « Lorsqu'il faut faire appel au suffrage des citoyens pour décider si la guerre doit avoir lieu ou non, il n'y a rien de plus naturel qu'ayant à décréter contre eux-mêmes tous les malheurs de la guerre, ils réfléchissent mûrement avant d'entreprendre un jeu si dangereux. »

Les utopies de paix et leurs limites

En faveur d'une paix durable, de nombreux amis du genre humain ont imaginé des systèmes plus ou moins ingénieux, depuis le Sénat perpétuel de l'abbé de Saint-Pierre jusqu'au Comité positif occidental d'Auguste Comte. Ces constructions imaginaires témoignaient d'un espoir tenace.

Le triomphe de l'idée de progrès, dont Condorcet fut le prophète, amena nombre de penseurs à juger que l'industrie et le commerce ainsi que l'avènement de la démocratie feraient taire les canons. Il fallut déchanter : c'est en plein essor économique, industriel et commercial que fut déclenchée la Première Guerre mondiale.

Les institutions internationales face à la guerre

Au lendemain de ce conflit et de ses ravages, des hommes comme Léon Bourgeois conçurent cependant une réglementation commune entre les peuples, d'où résulta la Société des nations. Boycottée par les États-Unis, ne réunissant qu'un nombre limité d'États, celle-ci ne put empêcher la Seconde Guerre mondiale.

Sur les cendres et les ruines d'une planète ravagée fut alors créée l'ONU. On put rêver, comme Victor Hugo en son temps, que l'humanité était « en marche vers la paix et l'unité du monde ». On connaît la suite et les limites de cette organisation face aux conflits contemporains.

L'exemple européen : une paix fragile mais réelle

Faut-il alors désespérer, penser que la guerre est dans le gène du genre humain, que la paix n'est que ponctuelle, précaire, rien qu'un moment plus ou moins long entre deux guerres ? Pourtant, si la paix perpétuelle peut passer pour un projet absurde, il n'empêche que la fin des conflits armés a pris consistance dans une partie du monde, dans notre Europe.

Qu'on songe à ce que fut notre continent pendant des siècles, dévasté par les hostilités entre les États et entre les peuples. Guerre de Trente ans, guerre de Sept ans, guerres révolutionnaires et napoléoniennes, guerre franco-prussienne, guerres mondiales, guerres coloniales… C'est un véritable exploit que les Européens ont accompli en clôturant la série de leurs sanglants démêlés.

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Le système fédératif, imaginé par tant d'utopistes, mais aussi par des hommes politiques comme Aristide Briand et Robert Schuman, a pris forme dans cet espace, sans doute réduit, mais concret. Dans ce domaine, l'Europe unifiée, méprisée par Trump autant que par Poutine, montre l'exemple d'un ensemble de pays qui mériteraient collectivement, une nouvelle fois, le prix Nobel de la paix.

Dimanche prochain, la chronique de Sylvie Brunel apportera un éclairage complémentaire sur ces questions cruciales qui déterminent l'avenir de notre humanité face à ses démons guerriers.