La théorie du complot israélien sur la guerre d'Iran : une fable antisémite toxique
Dans les cercles d'experts et de géopoliticiens, une perle de café du commerce circule avec un aplomb confondant. Elle prétend que la guerre d'Iran aurait été voulue, inspirée et imposée par Israël. Selon cette narration, les États-Unis ne seraient que les simples exécutants, voire les supplétifs, de ce qu'on appelle la « guerre d'Israël ». Cette idée est présentée avec l'air entendu réservé aux secrets de polichinelle, mais elle mérite une analyse rigoureuse.
Une alliance, pas une instrumentalisation
Je ne nie évidemment pas que les deux pays aient des intérêts provisoirement convergents, ni que leurs armées opèrent actuellement en étroite coordination. Mais cela s'appelle une alliance. Aurait-on dit de Roosevelt, allié à de Gaulle, qu'il était instrumentalisé par lui ? De Churchill qu'il était le jouet de Staline alors qu'il exhortait, dès 1919, à « étrangler le bolchevisme dans son berceau » ? L'idée est absurde.
En réalité, la situation est claire :
- Israël cherche à neutraliser une menace qu'il estime, à juste titre, existentielle.
- Les États-Unis poursuivent plusieurs objectifs : défendre leurs alliés (israéliens et arabes), affaiblir un axe stratégique Téhéran-Moscou-Pékin, sécuriser le pétrole, et laver l'affront de la prise d'otages de l'ambassade américaine de Téhéran en 1979.
Ces intérêts relèvent d'un jeu complexe avec leurs propres logiques, qui pourraient diverger dans les semaines ou jours à venir.
L'absurdité de la narration
Croire qu'un petit pays de 10 millions d'habitants puisse « tordre le bras » d'une nation de 350 millions, dotée de la plus puissante armée du monde, est tout simplement grotesque. Imaginer que Donald Trump – dont on sait qu'il ne décide rien qui ne serve d'abord son intérêt et celui des États-Unis – aurait offert une guerre de cette ampleur à un Premier ministre étranger est une absurdité.
La scène décrite est encore plus ridicule : un Trump hésitant, se laissant convaincre par son « ami Bibi » dans le secret du Bureau ovale. Il a fallu :
- Deux ans pour préparer le débarquement en Normandie.
- Six mois pour la guerre du Golfe de 1991.
- Un an pour l'invasion de l'Irak en 2003.
Qui peut croire que le Pentagone ait improvisé en quelques jours le déploiement de deux groupes aéronavals, le repositionnement de centaines d'avions de combat, et la mise en place d'un réseau de ravitaillement à 10 000 kilomètres ? Le raisonnement est enfantin.
Un imaginaire toxique et ancien
Mais le plus grave réside ailleurs. Cette fable renoue avec un imaginaire très ancien et très toxique : celui du « Juif fauteur de guerre ». Dans les années 1930, certains voyaient dans « les Juifs » une communauté de comploteurs poussant les nations à la guerre, tirant les ficelles des catastrophes.
Ce thème était central dans des pamphlets infâmes :
- Lucien Rebatet, dans Les Décombres, accusait les « bellicistes juifs » d'avoir poussé la France à la guerre contre l'Allemagne.
- Louis-Ferdinand Céline, dans Les Beaux Draps, L'École des cadavres et Bagatelles pour un massacre, développait l'idée d'une « machination juive » conduisant le monde au carnage.
Le cliché du Juif comme instigateur de conflits est un vieux ressort de la propagande antisémite. Il serait sage de ne pas remettre, aujourd'hui, ce terrible poison en circulation. La géopolitique mérite une analyse sérieuse, non des théories complotistes recyclant des préjugés dangereux.



