Soupçon d'assassinat à Monaco : un ex-agent ukrainien accuse le GUR
Ex-agent ukrainien accuse le GUR dans l'attentat de Monaco

Un rebondissement majeur secoue l'affaire de la tentative d'assassinat du milliardaire ukrainien Vadim Ermolaev à Monaco. Vitalii Zhykovych, ancien officier des services de sécurité ukrainiens, actuellement en détention provisoire à Kiev pour le meurtre d'Anastasiia Berezovska, la femme soupçonnée d'avoir posé la bombe, s'est longuement confié à la BBC. Il affirme avoir cru que l'opération avait été approuvée par la hiérarchie du renseignement militaire ukrainien (GUR).

Des accusations contre un officier du GUR

Dans cet entretien, Vitalii Zhykovych met directement en cause un officier en activité du GUR, Vladyslav Reut, qu'il présente comme son supérieur. Selon lui, ce dernier lui aurait « proposé de participer à une opération visant Vadim Ermolaev » et lui aurait indiqué que « la mission avait reçu l'aval de sa hiérarchie au sein de la Direction principale du renseignement du ministère ukrainien de la Défense ». Vladyslav Reut, qui conteste désormais sa propre version des faits devant la justice, avait initialement avoué les faits aux enquêteurs et les avait conduits jusqu'au lieu où ils avaient enterré la victime, avant de revenir sur ses déclarations devant le tribunal.

L'explosion, survenue en juin à Monaco, a grièvement blessé l'homme d'affaires et son fils de 13 ans. Sa compagne a également été très gravement blessée. L'engin avait été déposé devant leur domicile alors que la famille rentrait d'un dîner en bord de mer. Les images de vidéosurveillance ont permis d'identifier Anastasiia Berezovska comme la suspecte qui aurait déposé la bombe. Sa photographie a été diffusée par Interpol le 2 juillet. La femme de 39 ans, qui vivait en Allemagne depuis son départ d'Ukraine en 2022, avait rejoint l'Ukraine après avoir traversé l'Italie et l'Allemagne. Son corps a été découvert une semaine après l'attentat dans un bois à l'ouest de Kyiv. Elle avait été tuée par balles à la tête.

Une opération controversée et des motivations floues

Vitalii Zhykovych affirme que Vladyslav Reut voulait recruter Anastasiia Berezovska pour commettre l'attentat. Il dit s'y être opposé, estimant qu'elle n'était « pas assez formée » pour « l'opération », et soutient que l'officier lui aurait alors présenté sa mission comme une simple opération de repérage. Il accuse également Reut d'avoir fourni les explosifs et d'avoir ensuite communiqué directement avec la suspecte. Les deux hommes se rejettent la responsabilité des tirs mortels.

Interrogé sur les motivations de l'attaque, Vitalii Zhykovych a déclaré qu'il « s'agissait de représailles pour avoir financé l'annexion de la Crimée par la Russie après le paiement d'impôts russes par l'intermédiaire d'entreprises implantées dans la péninsule occupée ». Une déclaration contradictoire avec ce qu'il a confié lors d'une dernière audition devant les enquêteurs ukrainiens. Pendant sa détention provisoire, il a affirmé « qu'une personne issue du secteur privé avait commandité la cible » sans en donner l'identité. Vadim Ermolaev a, de son côté, démenti à plusieurs reprises tout lien avec les faits reprochés et réclamé que « la vérité soit établie ».

Vadim Ermolaev rejette les hypothèses

Dans une interview accordée à Monaco-Matin en septembre, le milliardaire ukrainien a également rejeté plusieurs hypothèses sur les motivations de l'attaque, notamment celle d'un règlement de comptes lié aux réseaux de centres d'appels frauduleux opérant en Ukraine. Il a par ailleurs nié avoir conservé des intérêts commerciaux liés à la Russie. Contacté par Nice-Matin, le parquet général ukrainien s'est refusé à tout commentaire sur les déclarations à la BBC de Vitalii Zhykovych, affirmant que « l'enquête préliminaire dans la procédure pénale est toujours en cours ». L'affaire reste donc entourée de zones d'ombre, alors que les deux suspects se rejettent mutuellement la responsabilité des faits.