Esmail Qaani, le commandant iranien qui défie la mort face aux frappes israéliennes
Esmail Qaani, le commandant iranien qui défie la mort

Le mystérieux commandant iranien qui échappe aux frappes israéliennes

Esmail Qaani, chef de la force Al-Qods, la branche extérieure des gardiens de la Révolution iranienne, apparaît comme l'homme le plus chanceux de Téhéran. Chargé de superviser les relations avec le Hamas, le Hezbollah, les houthis et les milices chiites irakiennes, ce général de 68 ans a miraculeusement survécu à pas moins de trois campagnes de bombardements israéliens visant l'Iran et ses alliés au Moyen-Orient au cours des dix-sept derniers mois.

Des réapparitions publiques qui alimentent les spéculations

Le 3 octobre 2024, en pleine guerre d'Israël au Liban, Qaani se trouvait à Beyrouth pour rencontrer des responsables du Hezbollah. Une frappe massive a secoué la banlieue sud de la capitale libanaise, tuant Hachem Safieddine, le successeur présumé du secrétaire général du parti. Donné pour mort par plusieurs médias israéliens, le général iranien a réapparu douze jours plus tard à Téhéran, pleurant lors des funérailles d'Abbas Nilforoushan, commandant adjoint des gardiens de la Révolution.

Huit mois plus tard, lors de la guerre des douze jours, le New York Times affirmait que Qaani avait été tué dans une attaque contre le quartier général de la force Al-Qods à Téhéran. Pourtant, le commandant est réapparu souriant lors d'une manifestation pro-régime, vêtu d'un béret noir et se prêtant aux photos avec la foule.

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Les soupçons d'infiltration par le Mossad

Ces résurrections successives ont alimenté des théories sur les réseaux sociaux suggérant que Qaani pourrait être un agent du Mossad, les services de renseignement extérieurs israéliens. Menashe Amir, chercheur spécialiste du Moyen-Orient, souligne : « Le fait qu'Esmail Qaani ait survécu à plusieurs bombardements relève probablement de la chance, mais il ne faut pas oublier que le Mossad a pour habitude d'infiltrer l'entourage des plus hauts responsables de pays ou organisations ennemis. »

L'ancien journaliste israélien rappelle plusieurs cas historiques d'infiltration, dont Ashraf Marwan en Égypte, et souligne que les éliminations récentes de figures comme Abbas Moussaoui du Hezbollah ou Mohsen Fakhrizadeh, père du programme nucléaire iranien, ont été possibles grâce à des informations provenant de proches collaborateurs.

Les démentis officiels et les réactions du régime

Face à ces rumeurs persistantes, le Mossad a finalement réagi sur X dans un message en farsi : « Qaani n'est pas notre espion. » Une déclaration qui, paradoxalement, a donné encore plus d'ampleur aux spéculations.

Quatre mois plus tard, Qaani lui-même a rompu le silence dans une interview à la télévision d'État iranienne : « Le régime sioniste publie des nouvelles de mon assassinat afin que mes amis deviennent inquiets, qu'ils m'appellent et que ceux-ci puissent trouver ma position exacte. » Une explication qui n'a pas convaincu tous les observateurs.

La dernière offensive et l'incertitude actuelle

La guerre lancée le 28 février par Israël et les États-Unis contre l'Iran a relancé les interrogations. Dès le premier jour, l'aviation israélienne a ciblé une réunion au sommet à Téhéran, tuant le guide suprême Ali Khamenei et l'essentiel du haut commandement militaire iranien. Si la mort de Qaani n'a pas été confirmée, son sort exact demeure inconnu et il n'est pas réapparu publiquement depuis.

Hossein Kanani Moghaddam, ancien haut commandant des gardiens de la Révolution, affirme : « Monsieur Esmail Qaani est actuellement en plein travail au sein de l'“axe de la résistance” et toutes ces histoires ne sont que des rumeurs fabriquées dans le cadre de la guerre psychologique lancée contre l'Iran. »

Une perte d'influence stratégique

Au-delà du mystère entourant la survie de Qaani, les experts soulignent le déclin de son influence. Ali Alfoneh, spécialiste des forces armées iraniennes, explique : « Le plus important n'est pas de savoir si Esmail Qaani est toujours en vie, mais de comprendre que ni lui, ni la force Al-Qods qu'il dirige, n'ont l'importance qu'ils avaient auparavant. Le Hamas a été affaibli à Gaza, de même que le Hezbollah au Liban. »

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Les regards sont désormais tournés vers les prochains rassemblements publics à Téhéran, probablement les funérailles de l'ayatollah Khamenei, où les observateurs tenteront d'apercevoir le mystérieux commandant. En attendant, Qaani reste, avec Alireza Tangsiri, l'un des derniers responsables des gardiens de la Révolution dont le portrait sur la liste des cibles de Tsahal ne porte pas la mention « éliminé ».