Le détroit d'Ormuz, artère vitale du pétrole mondial, paralysé par le conflit
Au dix-septième jour de guerre au Moyen-Orient, le détroit d'Ormuz demeure au centre des préoccupations géopolitiques et économiques mondiales. Cette zone maritime stratégique, par laquelle transitaient avant le conflit environ vingt pour cent de la consommation mondiale de pétrole, principalement à destination de la Chine, de l'Inde, de la Corée du Sud et du Japon, est désormais verrouillée par Téhéran. Cette situation a provoqué une paralysie quasi totale du trafic maritime, entraînant par ricochet une flambée spectaculaire des cours du pétrole et du gaz naturel sur les marchés internationaux.
Une immobilisation massive des navires pétroliers
Selon les données alarmantes de l'Agence internationale de l'énergie, près de trois cent cinquante pétroliers, qu'ils soient chargés ou à vide, sont actuellement immobilisés dans le détroit d'Ormuz. L'Iran considère les navires appartenant aux États-Unis et à leurs alliés comme des cibles légitimes, ce qui explique en grande partie ce blocage. Depuis le premier mars, l'agence de sécurité maritime britannique UKMTO a recensé vingt incidents impliquant des navires commerciaux, dont neuf pétroliers, ayant été attaqués ou ayant signalé des problèmes dans la région. L'Organisation maritime internationale fait état, de son côté, de seize incidents, dont huit concernant spécifiquement des pétroliers.
Depuis le début des hostilités, seuls environ quatre-vingts navires ont réussi à franchir le détroit. Un événement notable s'est produit dimanche lorsqu'un pétrolier battant pavillon pakistanais a traversé la zone en maintenant activé son système de traçage. Selon les analystes du site MarineTraffic, cette manœuvre suggère que certains transports bénéficient peut-être d'un passage sécurisé négocié directement avec les autorités iraniennes.
Des voies alternatives limitées et vulnérables
Face à cette paralysie, les États de la région cherchent activement des solutions de contournement, mais celles-ci se révèlent largement insuffisantes. Si le Koweït, le Qatar, Bahreïn et l'Irak exportent la quasi-totalité de leur brut via le détroit d'Ormuz, l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis disposent heureusement de la capacité de rediriger une partie de leur production vers des terminaux situés hors du Golfe. Cependant, comme le souligne l'Agence internationale de l'énergie, ces routes alternatives apportent une aide certaine mais demeurent insuffisantes pour compenser les volumes habituellement transitant par Ormuz.
D'autres options existent théoriquement, comme l'oléoduc Irak-Turquie qui part du Kurdistan irakien, mais ces infrastructures sont actuellement à l'arrêt en raison d'attaques répétées sur les champs pétroliers. Au Kazakhstan et en Azerbaïdjan, les capacités d'exportation sont également fortement contraintes. L'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan, qui débouche en Turquie, a lui-même été visé par l'Iran au début du conflit. Quant aux exportations de pétrole russe, dont les infrastructures sont régulièrement ciblées par l'Ukraine, elles restent insuffisantes pour combler le déficit créé par le blocage d'Ormuz.
Les tentatives de déblocage et les réponses internationales
Dans ce contexte de crise aiguë, l'ancien président américain Donald Trump a publiquement demandé l'aide de ses alliés et de la Chine pour débloquer le détroit d'Ormuz. Le Japon et l'Australie ont d'ores et déjà exclu tout envoi de moyens militaires ou logistiques dans la région. Le Royaume-Uni et l'Allemagne ont quant à eux écarté toute mission de l'OTAN, estimant que cette guerre n'avait rien à voir avec l'Alliance atlantique.
Les ministres des Affaires étrangères des pays de l'Union européenne devaient discuter lundi d'un possible recours à la mission Aspides, initialement conçue pour protéger les navires marchands des attaques des rebelles houtis, alliés de l'Iran. Cette mission est actuellement déployée en mer Rouge et son redéploiement vers le détroit d'Ormuz ne serait pas envisageable à court terme. En attendant une solution durable, l'Agence internationale de l'énergie a annoncé être prête à débloquer davantage de stocks stratégiques de pétrole pour atténuer les tensions sur les marchés mondiaux.



