Congo-Brazzaville : un scrutin présidentiel sous le signe de la continuité et des paradoxes
Congo-Brazzaville : élection présidentielle entre continuité et paradoxes

Un scrutin présidentiel attendu au Congo-Brazzaville

Ce dimanche 15 mars, plus de deux millions de citoyens congolais sont conviés aux urnes pour une élection présidentielle dont le résultat semble, aux yeux de nombreux observateurs, déjà déterminé. Les deux semaines de campagne électorale qui viennent de s'achever ont mis en lumière, avec une mise en scène soigneusement orchestrée, la fidélité d'une partie significative de la population envers son président-candidat, Denis Sassou Nguesso, souvent désigné par ses initiales DSN.

Une ferveur populaire orchestrée dans les rues de Brazzaville

Dans les artères de la capitale, les affiches aux couleurs nationales s'imposent à chaque coin de rue, véhiculant un message de stabilité et de continuité. « Je l'aime tout simplement », confie Ruth, une étudiante de 18 ans rencontrée lors du dernier meeting de campagne vendredi. Vêtue d'un pagne à l'effigie du « Grand Bâtisseur », elle exprime une impatience palpable « pour le voir », avec une excitation comparable à celle réservée habituellement à une star internationale de la pop.

Comme elle, entre 300 000 et 500 000 personnes, selon les estimations officielles, ont envahi le boulevard Alfred Raoul, formant une marée humaine bruyante et compacte. Dans cette foule, les visages jeunes prédominent largement. « Il n'y a que lui qui peut assurer la paix », « la paix, c'est tout ce que nous voulons », « qui supporter d'autre ? », lancent ces jeunes électeurs, dont la perspective politique semble se limiter aux frontières de la stabilité actuelle.

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Un discours surprenant sur la corruption

Ces « porteurs de drapeaux », comme les surnomme avec une nuance d'ironie le reste de la population, ont affronté une chaleur étouffante dès neuf heures du matin. Pour se protéger d'un soleil implacable, ils se sont regroupés sous d'immenses panneaux publicitaires célébrant les réalisations du régime. Le président-candidat n'a fait son apparition qu'à 12h30, accueilli par une pluie d'acclamations. Après son passage, une partie de l'audience a discrètement quitté les lieux, les 2 000 FCFA de défraiement – le « transport » – soigneusement rangés en poche.

Ceux qui ont eu la patience de rester ont assisté au discours de « l'homme fort » du pays, âgé de 82 ans. Sans notes apparentes, avec une aisance qui révèle des décennies d'exercice du pouvoir, Denis Sassou Nguesso a détaillé sa feuille de route pendant 58 minutes. Au-delà des promesses habituelles de développement, le candidat a créé la surprise, y compris au sein de son équipe de campagne, en abordant directement un sujet absent de son programme officiel : la corruption qui ronge les institutions.

Sur un ton inhabituellement ferme, contrastant avec la sérénité du début de son allocution, il a affirmé vouloir changer de paradigme. Il faut passer du préventif au punitif, a-t-il suggéré, insistant sur la nécessité de « faire des exemples ». Cette déclaration résonne comme un avertissement pour son propre camp. Pour ses proches, cette sortie hors programme vise à répondre à l'exaspération croissante face à l'impunité, alors que les richesses du pays peinent à bénéficier aux quartiers populaires.

Un soutien teinté de fatalisme et de critiques

Malgré ces annonces percutantes, les haut-parleurs défectueux rendaient le discours presque inaudible pour ceux situés à l'arrière du cortège. Mais les acclamations n'ont pas faibli, souvent portées par une forme de résignation. « Je voterai bien sûr pour notre président car je n'ai pas le choix. Il apporte la paix. Pour ce qui est de la vie, on laisse Dieu au contrôle », résument Trésor et John, deux jeunes de 23 ans venus avec leur groupe de prière et arborant des casquettes marquées du sceau de la majorité présidentielle.

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Pourtant, l'envers du décor est plus nuancé. En marge du rassemblement, quelques voix assument timidement leur choix de s'abstenir. « La politique ne m'intéresse pas. Rien n'évolue », tranche Kiara, 22 ans, occupée à vendre des beignets pour subvenir aux besoins de sa famille. « Depuis que je suis née, ce n'est pas mieux, c'est même parfois pire ! » Le constat est amer alors que Brazzaville entame son quatrième jour consécutif sans électricité, une situation qui varie selon les quartiers. Son amie tente de la convaincre, presque sans conviction : « C'est son dernier mandat, il l'a dit lui-même, il va faire changer les choses ».

Plus loin, Merveille, une étudiante de 20 ans, témoigne d'un ras-le-bol général. Elle évoque le non-paiement de ses professeurs à l'université Marien Ngouabi, les coupures d'eau chroniques et l'absence totale de perspectives professionnelles : « C'est le village ici. Les diplômes dorment à la maison. Ma mère et mon père sont au chômage. Je n'ai pas confiance en lui pour me promettre un meilleur avenir ! » Pourtant, dans un paradoxe typiquement congolais, elle porte elle aussi le visage du président sur sa poitrine : « Il reste le sage de notre pays », justifie-t-elle, comme pour s'excuser de cette contradiction. Un culte de la personnalité qui, au Congo, demeure l'ultime rempart contre l'incertitude de l'après-élection.