Une frappe meurtrière à Minab entourée de versions contradictoires
Le 28 février 2026, la ville iranienne de Minab a été le théâtre d'un bombardement dont les circonstances exactes divisent profondément les principales parties impliquées dans le conflit qui déchire la région. Alors que les autorités iraniennes affirment qu'une frappe israélo-américaine a ciblé une école, faisant plus de 150 victimes, Washington et Tel-Aviv nient catégoriquement toute responsabilité directe.
Une vidéo authentifiée relance les interrogations
Dimanche, l'agence de presse semi-officielle iranienne Mehr a publié une nouvelle séquence vidéo, ultérieurement authentifiée par le New York Times, qui montre un missile de croisière Tomahawk frappant une base navale située à proximité immédiate d'un établissement scolaire à Minab. Le quotidien américain a rappelé que l'armée des États-Unis est la seule force engagée dans ce conflit à déployer ce type d'armement sophistiqué.
Dès vendredi, le New York Times avait suggéré, dans une enquête préliminaire, que l'attaque contre l'école pourrait résulter d'un bombardement américain visant une base des Gardiens de la révolution iraniens, positionnée à quelques mètres seulement. Les images filmées depuis un parking voisin révèlent d'épais panaches de fumée noire s'échappant d'un bâtiment éventré, dont les murs extérieurs sont ornés de fresques représentant des crayons de couleur, des enfants et une pomme.
Géolocalisation et contexte stratégique
L'Agence France-Presse a réussi à géolocaliser précisément la vidéo : le site correspond à un bâtiment situé à Minab, dans la province d'Hormozgan, qui présente toutes les caractéristiques d'une école, bien qu'aucune source indépendante n'ait pu en confirmer formellement la nature. La télévision publique iranienne et un média local ont identifié l'endroit comme étant celui de l'école élémentaire de filles Shajare Tayyebeh.
L'enquête de l'AFP a également établi que le bâtiment se trouve à proximité immédiate de deux sites contrôlés par le Corps des Gardiens de la révolution islamique (IRGC) : la clinique Shahid Absalan, placée sous la direction de la marine des IRGC, à 238 mètres, et le complexe culturel Seyed al-Shohada de l'IRGC, à 286 mètres. La ville de Minab occupe par ailleurs une position géostratégique cruciale, à proximité du détroit d'Ormuz, l'un des passages maritimes les plus vitaux pour le commerce mondial des hydrocarbures.
Le récit iranien : un lourd bilan humain et des funérailles massives
Selon les autorités iraniennes, cette frappe a causé la mort de plus de 150 personnes, dont de nombreux enfants. Le président Massoud Pezeshkian a fermement dénoncé ce qu'il a qualifié d'attaque israélo-américaine délibérée contre une institution éducative. Les médias d'État ont rapporté que les funérailles d'au moins 165 personnes, incluant des élèves présumés victimes du bombardement, se sont déroulées le 3 mars.
Les chaînes de télévision iraniennes ont diffusé des images montrant une foule dense rassemblée autour de corps enveloppés dans des linceuls blancs, ainsi que des cercueils ornés de drapeaux nationaux, certains arborant la photographie d'un enfant. Une séquence distincte présentait une inscription en persan indiquant « Funérailles des enfants morts à Minab ». Des prises de vues aériennes ont également montré des excavateurs creusant au moins une centaine de tombes sur un site non précisé. L'AFP n'a pas pu vérifier de manière indépendante la date ou la localisation exacte de ces images.
Les dénégations américaines et israéliennes
Interrogé samedi sur une éventuelle implication américaine, l'ancien président Donald Trump a répondu par la négative, imputant la responsabilité à l'Iran. « Sur la base de ce que j'ai vu, cela a été fait par l'Iran », a-t-il déclaré. Lundi, il a précisé sa position en affirmant que le missile Tomahawk, bien que principalement utilisé par les États-Unis, est une arme « très générique » commercialisée et employée par d'autres nations, suggérant que l'Iran pourrait lui-même en détenir.
Le ministre de la Défense Pete Hegseth, présent aux côtés de Trump, a annoncé que le Pentagone menait sa propre enquête tout en accusant l'Iran d'être le seul à cibler délibérément des civils. Des élus démocrates de l'opposition ont exigé une investigation « impartiale » et transparente de la part du département de la Défense.
De son côté, l'armée israélienne a déclaré le 1er mars « ne pas être au courant » d'une frappe américaine ou israélienne contre une école. Le porte-parole militaire, le lieutenant-colonel Nadav Shoshani, a assuré que les opérations israéliennes étaient menées « de manière extrêmement précise », sous-entendant qu'une telle erreur de cible était improbable.
Appels à la transparence et enquêtes en cours
À Genève, le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Volker Türk, a exprimé vendredi son espoir que l'enquête américaine soit menée « rapidement » et « en toute transparence », soulignant l'importance de faire la lumière sur ce drame.
Parallèlement, l'organisation de défense des droits humains Hengaw, basée en Norvège, a annoncé ouvrir sa propre enquête pour identifier les élèves qui auraient péri dans ce bombardement. L'ONG a indiqué que les cours du matin se déroulaient à l'école Shajare Tayyebeh au moment de l'incident et qu'environ 170 élèves auraient pu être présents sur les lieux.
Alors que la guerre en Iran continue de faire rage, cette tragédie de Minab illustre avec acuité les difficultés à établir une vérité factuelle dans un conflit où la désinformation et les accusations mutuelles brouillent systématiquement les pistes. Le bilan humain, bien que non confirmé de source indépendante, rappelle cruellement le coût humain exorbitant de ces hostilités prolongées.



