Des frappes meurtrières dans l'est de l'Afghanistan
Des dizaines de civils ont été tués ou blessés lundi 27 avril dans des frappes qui ont touché l'est de l'Afghanistan, dont une université, a confirmé l'ONU ce mardi 28 avril. Le gouvernement afghan blâme le Pakistan, avec qui il est en conflit depuis plusieurs mois.
Des tirs d'obus et de roquettes
Le gouvernement afghan a fait état lundi de sept civils tués et 85 blessés par des tirs d'obus et de roquettes des forces pakistanaises dans la province de Kunar, voisine du Pakistan, notamment dans la ville d'Asadabad. « Toutes les victimes sont des civils », a précisé le directeur du département de la Santé publique de la province de Kunar, Muzaffar Mukhlis. Le porte-parole du gouvernement, Hamdullah Fitrat, a déploré que les attaques, en pleine après-midi, aient touché « des maisons civiles et l'université ».
« Une personne a été tuée dans le village de Rabot aujourd'hui », a dit à l'AFP Mushtaq Wazir, qui vit dans le district de Barmal. Un autre habitant, Suhbat Katwazi, a aussi fait état d'un mort dans ce village quand « un obus de mortier a touché une maison ». La mission de l'ONU en Afghanistan (Unama) a confirmé ces frappes mais n'a pas précisé le décompte exact entre morts et blessés. « Selon le droit international humanitaire, les civils et les infrastructures civiles dont les établissements d'éducation doivent être protégés en toutes circonstances », a rappelé l'Unama sur X.
Le ministère pakistanais de l'Information a nié avoir frappé des zones d'habitation ou l'Université d'Asadabad, qualifiant les propos en ce sens de « mensonges éhontés ». Lundi soir, un correspondant de l'AFP a pu voir une maison endommagée par des tirs d'obus et plusieurs blessés à l'hôpital provincial d'Asadabad.
L'université d'Asadabad endommagée
Ce mardi, des étudiants ont témoigné des événements de la veille, sans donner leur nom de famille pour des raisons de sécurité. « Le professeur était en train de faire son cours, c'était environ 14h30, et il y a eu un grand bruit ; nous nous sommes tous allongés par terre », a raconté Irfanullah, 20 ans, étudiant en psychologie. « Chaque étudiant a essayé de se mettre à l'abri, mais les fenêtres se sont brisées et certains ont été blessés », a-t-il poursuivi. Un autre étudiant, Ibadullah, 23 ans, a raconté avoir fui la salle de classe avec ses camarades en laissant les livres sur place. Plusieurs salles de la faculté d'éducation avaient des vitres brisées, tandis que les panneaux solaires du toit ont été tordus par un impact.
Le chargé d'affaires de l'ambassade du Pakistan convoqué
Ce mardi, le ministère des Affaires étrangères afghan a indiqué sur X avoir « convoqué » le chargé d'affaires de l'ambassade du Pakistan pour « protester contre les attaques ». Qualifiant ces actes de « provocation », il a appelé son voisin « à la retenue ».
Un conflit entre les deux pays relancé le 26 février
Le Pakistan et l'Afghanistan sont en conflit depuis des mois. Le premier accuse le second d'accueillir des combattants du mouvement des talibans pakistanais (TTP) qui ont revendiqué des attaques meurtrières au Pakistan. Les autorités talibanes afghanes le démentent. Les violences se sont intensifiées le 26 février, le Pakistan évoquant même alors une « guerre ouverte » contre l'Afghanistan et bombardant plusieurs fois sa capitale Kaboul, ainsi que Kandahar (sud) où vit le chef suprême des talibans et des zones frontalières. Malgré une trêve de quelques jours fin mars lors de la fin du ramadan, puis des pourparlers en Chine début avril à l'issue desquels les deux pays s'étaient engagés à éviter toute escalade selon Pékin, aucun cessez-le-feu n'a été conclu. Des centaines de civils ont été tués et blessés depuis le 26 février en Afghanistan et 100 000 personnes déplacées, dont plus de 25 000 dans la province de Kunar, selon les agences de l'ONU.



