L'AfD en Saxe-Anhalt : un programme ethno-nationaliste qui inquiète la démocratie allemande
AfD Saxe-Anhalt : programme ethno-nationaliste inquiétant

L'AfD aux portes du pouvoir en Saxe-Anhalt : un programme qui fait trembler la démocratie

Un parti nostalgique du IIIe Reich, crédité de 40 % d'intentions de vote ? Cette situation n'est pas une fiction, mais une réalité préoccupante en Saxe-Anhalt où les électeurs s'apprêtent à confier les clés du pouvoir à l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) lors des élections régionales du 6 septembre. La publication officielle du "programme de gouvernement" de l'AfD pour la Saxe-Anhalt, le vendredi 23 janvier, a dévoilé un projet de refonte radicale de l'État selon une vision ethno-nationaliste, autoritaire et climato-sceptique, le tout sous la surveillance inquiète de l'Office de protection de la Constitution (Verfassungsschutz).

Un catalogue de mesures radicales

Le programme présenté par l'AfD constitue une rupture profonde avec les fondements démocratiques actuels. Parmi les mesures phares figurent :

  • La création d'une police de la "remigration" sur le modèle de l'ICE américain
  • La suppression pure et simple du droit d'asile
  • Le retour au droit du sang pour la nationalité
  • La création de "milices de quartier"
  • La résiliation du service public audiovisuel
  • La lutte contre ce qu'ils nomment le "lobby transgenre"
  • La définition restrictive de la famille "normale" entre homme et femme
  • L'abandon des programmes de lutte contre le racisme à l'école
  • Le retour en force des énergies fossiles et l'abandon des énergies renouvelables

En résumé, l'AfD prône un retour au "penser allemand" dans une région qui fut historiquement le "centre géographique du Reich", une référence lourde de sens dans le contexte historique allemand.

Des parallèles troublants avec les années 1930

Les politologues n'hésitent plus à établir des comparaisons avec la montée du nazisme dans les années 1930. Hendrik Cremer, expert de l'extrême droite à l'Institut allemand des droits de l'homme (DIMR), met en garde : "Sous la République de Weimar (1919-1933), nous n'avons pas suffisamment pris conscience du danger que représentait le NSDAP [parti de Hitler]. Le danger, c'est que nous répétions les mêmes erreurs."

Cette inquiétude est partagée par Hans Vorländer, politologue à l'université de Dresde, qui observe un certain fatalisme dans la population et la classe politique : "Je ressens un certain fatalisme face à la situation. Les gens sont comme des lapins devant les phares."

La radicalisation progressive de l'AfD

La transformation de l'AfD en parti radical a été progressive depuis 2015. Alors que le mouvement était sur le point de disparaître deux ans après sa création, la "crise des réfugiés" a paradoxalement sauvé cette formation politique. L'opposition radicale à la politique d'accueil d'Angela Merkel et la récupération de mouvements comme l'islamophobe Pegida ont donné une seconde vie à l'AfD.

Parmi les 18 fondateurs universitaires eurosceptiques à l'origine du parti, il n'en reste plus un seul aujourd'hui. L'AfD a été progressivement vampirisée par des figures comme Björn Höcke, qualifié de fasciste par la justice allemande, transformant le mouvement en l'un des partis d'extrême droite les plus radicaux d'Europe.

Un danger concret pour la démocratie

Les experts sont unanimes sur les risques que représente l'AfD. Hendrik Cremer insiste : "L'AfD défend, dans la lignée des nazis, le concept d'une communauté ethnique homogène. Si ce parti arrivait au pouvoir, il abolirait les droits de l'Homme et l'État de droit. Personne ne serait plus en sécurité dans ce pays."

La révélation de la Conférence de Potsdam en novembre 2023 a confirmé les pires craintes. À quelques kilomètres de la villa de Wannsee où fut planifiée la "solution finale" en 1942, des cadres de l'AfD se sont réunis avec des néonazis pour étudier un plan d'épuration ethnique en Allemagne, où 20 % de la population est issue de l'immigration.

L'infiltration des institutions et la jeunesse radicalisée

L'AfD a récemment fondé une nouvelle structure pour sa jeunesse, Generation Deutschland, considérée comme une "menace pour la Constitution" par les services de renseignement. Le nom a changé, mais pas l'idéologie, comme en témoigne l'élection de Jean-Pascal Hohm à sa tête, défenseur de la thèse du "Grand remplacement".

Au Bundestag, la situation est devenue préoccupante. Irene Mihalic, première secrétaire générale du groupe écologiste, décrit une ambiance irrespirable : "Les recherches ont révélé que plus de 100 collaborateurs parlementaires avaient des liens avec des cercles néonazis. Notre sentiment d'insécurité a encore augmenté."

Le cordon sanitaire qui s'effrite

La stratégie d'isolement politique de l'AfD, connue sous le nom de "cordon sanitaire" (Brandmauer), montre des signes d'effritement inquiétants. Le chancelier et certains conservateurs ont adopté un narratif proche de celui de l'AfD sur l'immigration et le climat, rapprochant les deux camps sur le terrain des idées.

Hans Vorländer met en garde : "Au regard de l'histoire allemande, il serait dangereux de couper le cordon sanitaire. La digue tient encore, mais jusqu'à quand ?"

Malgré les inquiétudes des entreprises et des hôpitaux confrontés à des pénuries de main-d'œuvre, les conservateurs semblent persuadés qu'un durcissement du discours sur la politique migratoire leur permettra de récupérer une partie de l'électorat. Un pari risqué alors que l'AfD, devenue première force d'opposition au Bundestag, continue sa progression inexorable dans les urnes, posant un défi sans précédent à la démocratie allemande.