La Gironde défend sa tradition taurine face à la justice
Tradition taurine en Gironde : un combat judiciaire

La Gironde possède une longue et riche histoire taurine, un héritage qui a récemment été au cœur d’une controverse judiciaire. En 1987, la justice avait autorisé le retour des toros sur la rive droite bordelaise, mais un jugement en référé du tribunal administratif en date du 19 mai 2023 a ravivé les tensions. À La Brède, les aficionados auraient préféré que le juge administratif s’en tienne aux paroles du plus illustre personnage de la commune, Montesquieu. Dans « L’esprit des lois », ce dernier écrit que « le juge est la bouche qui prononce les paroles de la loi ». Cependant, l’évolution jurisprudentielle semble s’être éloignée de ce principe objectif, se rangeant derrière ce que les juristes appellent aujourd’hui « le droit vivant », un droit qui suivrait l’air du temps.

Un jugement contrasté avec le passé

Ce récent jugement en référé contraste fortement avec celui du 27 avril 1989 rendu par la juridiction bordelaise. À l’époque, les magistrats avaient considéré que l’écoulement d’un délai de vingt-six ans entre la fermeture des arènes du Bouscat et l’organisation d’une course à Floirac le 25 octobre 1987 ne suffisait pas à attester de l’interruption de la tradition. Cette condition sine qua non est essentielle pour organiser à titre dérogatoire des corridas, tout comme pour les combats de coqs dans le Nord de la France. Après des manifestations d’anti-corrida d’une rare violence, le débat s’était déplacé sur le terrain judiciaire.

La position de la cour d’appel de Bordeaux

Quelques mois après Bayonne, la mairie de Floirac, défendue par Mes Benoît Ducos-Ader et feu Alain Anziani, avait vu ce jugement confirmé devant la cour d’appel de Bordeaux. Celle-ci avait estimé « qu’une tradition locale est une tradition qui existe dans un ensemble démographique déterminé par une culture commune, les mêmes aspirations et affinités, une même façon de ressentir les choses et de s’enthousiasmer pour elles ». Ainsi, cet « ensemble démographique » ne se limite pas au seul périmètre de Bordeaux.

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Une histoire taurine riche en Gironde

À l’appui de cette thèse, l’histoire taurine de la Gironde est détaillée et documentée, notamment dans le livre d’Antoine Briscadieux, écrit en collaboration avec sa sœur Aude, intitulé « Bordeaux, capitale tauromachique, Histoire de la Gironde taurine », publié en 2020. Bordeaux a accueilli sa première corrida espagnole en 1853 au pied du château Lognac à Mérignac, seulement quelques mois après Bayonne, pionnière en la matière. Après des spectacles organisés dans des arènes provisoires dans le quartier de la Bastide et au Parc bordelais, la corrida s’est fixée en 1883 à Caudéran, puis à La Benatte en 1899.

L’âge d’or de la tauromachie bordelaise

Les deux arènes se sont fait concurrence et ont accueilli les grandes figuras de l’époque jusqu’en 1918 pour la seconde. Cet âge d’or s’est poursuivi dans un autre théâtre : celui des arènes du Bouscat, de 1921 à 1961. Bordeaux était alors un phare taurin, éteint par Chaban-Delmas en mai 1973 sous la pression d’une association de protection des animaux. Quelques semaines plus tard, un simulacre de corrida a été organisé place des Quinconces sans mise à mort. Il a fallu attendre Floirac en 1987 (jusqu’en 2006), puis Captieux en 1993 (la commune avait organisé des novilladas dans les années 1960), le dernier bastion, et La Brède en 1997.

Ce riche passé taurin continue de nourrir les débats, tant sur le plan culturel que juridique, et illustre la complexité de concilier traditions locales et évolutions sociétales.

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