Le sport face à l'urgence climatique : une adaptation nécessaire
Enseignant en Staps, agrégé d’EPS et sociologue du sport, Guillaume Diestch décrypte pour Midi Libre le casse-tête des organisateurs sportifs, écartelés entre contraintes économiques et urgence écologique, souvent incompatibles.
Des contraintes environnementales croissantes
Les organisateurs d'événements sportifs sont de plus en plus confrontés à des contraintes environnementales. Selon Guillaume Diestch, il existe une différence notable entre les courses massives comme l'Ultra Trail du Mont-Blanc et les courses locales organisées par des associations, dont les logiques économiques diffèrent grandement. Le modèle sportif traditionnel peine à s'adapter à l'urgence climatique.
Un modèle centré sur la performance
Le modèle sportif actuel tourne autour de la performance et du dépassement de soi, ce qui est difficilement conciliable avec les préoccupations écologiques. La difficulté réside dans la réduction de l'empreinte carbone tout en préservant la biodiversité. Les organisateurs doivent envisager de réduire le nombre de participants, modifier le balisage, dimensionner les infrastructures différemment, et repenser l'autonomie laissée aux participants. Cependant, la logique économique impose un nombre minimum de participants pour assurer la viabilité des courses.
Des initiatives locales prometteuses
Certains trails parviennent à dépasser le simple greenwashing en adoptant une communication sobre et des pratiques respectueuses de l'environnement. Ces exemples montrent qu'une évolution est possible, même si elle reste marginale.
Le cas des sports mécaniques
Pour les sports mécaniques, l'équation semble plus complexe. Deux perspectives s'offrent : soit une décroissance pour atteindre une empreinte carbone quasi neutre, difficilement compatible avec une course automobile, soit une transition progressive vers un modèle plus durable.
Les JO d'hiver en question
Les sports d'hiver restent prisonniers d'un modèle hérité du plan neige de 1964 et de la logique de l'"or blanc", condamné à moyen terme. Dans quelques années, les JO d'hiver pourraient devoir modifier leur calendrier, remplaçant les sports de neige par des activités estivales. Cela implique une refonte profonde de la philosophie sportive.
Repenser le rapport à la nature
En toile de fond se pose la question du modèle sportif et des activités proposées, qu'il s'agisse de compétitions ou de manifestations amateurs. Les enjeux écologiques et sociaux imposent de repenser le sport spectacle et le rapport du corps à la nature. Le sport est-il prêt à changer pour survivre ? Peut-il devenir un moteur de transformation écologique et sociale, ou restera-t-il un simple instrument de communication ?
Le dérèglement climatique n'épargnera que peu d'événements. Les activités sportives telles que nous les connaissons devront évoluer pour ne pas disparaître.
Guillaume Dietsch est coauteur de « La France n’est pas un pays de sport ? » (éditions DSB), 224 pages, 17,90 €.



