Depuis plusieurs semaines, la ville d'El Obeid, capitale de l'État du Kordofan-Nord au Soudan, est assiégée par les Forces de soutien rapide (FSR), un groupe paramilitaire. Les habitants, pris au piège, redoutent un nouveau massacre alors que les pénuries d'eau, de nourriture et de médicaments s'aggravent.
Une ville étouffée par le siège
Les FSR, dirigées par le général Mohamed Hamdane Daglo, dit "Hemedti", ont encerclé El Obeid, coupant les routes d'approvisionnement. Selon des témoignages recueillis par l'AFP, les prix des denrées alimentaires ont explosé, et l'eau potable se fait rare. "Nous n'allons plus tenir très longtemps", confie un habitant sous couvert d'anonymat.
La ville, qui comptait environ 500 000 habitants avant le conflit, voit sa population gonfler par l'afflux de déplacés fuyant les combats dans les zones rurales. Les organisations humanitaires peinent à accéder à la zone, les convois d'aide étant régulièrement bloqués par les paramilitaires.
Des craintes de massacres
Les habitants d'El Obeid n'ont pas oublié les massacres perpétrés par les FSR dans d'autres villes, comme à Geneina au Darfour, où des centaines de civils ont été tués en 2023. "Nous savons ce dont ils sont capables. Si la ville tombe, ce sera un bain de sang", alerte un autre résident.
Selon des sources médicales locales, au moins 120 personnes sont mortes ces deux dernières semaines des suites de malnutrition ou de maladies liées au manque d'eau. Les hôpitaux, à court de fournitures, ne peuvent plus prendre en charge les blessés. "Nous opérons sans anesthésie, avec des instruments stérilisés à l'eau de Javel", déplore un médecin.
Un conflit qui s'enlise
La guerre entre l'armée soudanaise et les FSR a éclaté en avril 2023, faisant des dizaines de milliers de morts et plus de 10 millions de déplacés, selon l'ONU. Les FSR contrôlent désormais une grande partie du Darfour et du Kordofan, tandis que l'armée tient les grandes villes comme Port-Soudan.
Les efforts de médiation, menés notamment par l'Arabie saoudite et les États-Unis, n'ont jusqu'à présent abouti à aucune trêve durable. Le Conseil de sécurité de l'ONU doit se réunir en urgence cette semaine pour discuter de la situation à El Obeid.
Un appel à l'aide internationale
Face à l'urgence, des organisations locales appellent la communauté internationale à intervenir. "Il faut un corridor humanitaire immédiat, sinon des milliers de personnes vont mourir", insiste un responsable d'une ONG soudanaise. L'ONU a estimé que 25 millions de Soudanais ont besoin d'aide humanitaire, un record mondial.
Pour l'instant, les FSR n'ont pas répondu aux accusations de siège et de blocus. Le général Hemedti a récemment affirmé dans une vidéo que ses forces "protègent les civils". Mais sur le terrain, les témoignages contredisent cette version.



