Le Rassemblement national (RN) a obtenu deux sièges de sénateurs dans la région lors des élections sénatoriales du dimanche 27 septembre, un résultat inattendu qui interroge sur l'état de la politique française à l'approche de la présidentielle de 2027. Le politologue Emmanuel Négrier, dans une tribune publiée par Midi Libre, s'interroge sur les causes de cette victoire, qu'il attribue notamment à la division des partis traditionnels et à la conversion d'élus locaux sans étiquette.
Deux victoires inattendues pour le RN
Selon Emmanuel Négrier, le RN ne semblait pas en mesure d'emporter le moindre siège dans la région, malgré des succès municipaux antérieurs. Pourtant, le parti a récolté deux sièges : un dans l'Hérault, où la division de la gauche et de la droite a abouti à treize listes, permettant l'élection d'une sénatrice lepéniste avec 12 % des voix ; et un dans le Gard, où la conversion d'élus locaux sans étiquette a joué un rôle clé.
Le politologue souligne un paradoxe : comment des responsables politiques individuellement intelligents peuvent-ils être collectivement aussi stupides ? Il rappelle que la division de la gauche lors de l'élection présidentielle de 2002 avait déjà permis à la famille Le Pen d'accéder au second tour, et que cette nouvelle division pourrait avoir des conséquences similaires.
Une progression en tache d'huile
Dans le Gard, la sénatrice RN Sylvie Josserand a obtenu près de 500 voix, soit plus du double du nombre de conseillers départementaux, régionaux, municipaux et députés qui pouvaient la soutenir. Cette progression en tache d'huile autour de bastions anciens s'explique par la conversion d'un nombre significatif d'élus locaux sans étiquette, qui jouent un rôle clef dans la légitimation du parti auprès des électeurs.
Dans l'Aude, Julien Rancoule a également dépassé les attentes avec 336 voix, bien au-dessus du contingent limité que lui fournissait le scrutin municipal, même si cela n'a pas abouti à une élection.
Une dynamique politique inquiétante
Emmanuel Négrier compare cette élection à la dynamique politique observée en Occitanie depuis quarante ans : un parti localement évanescent qui progresse en se nourrissant de l'incurie stratégique de ses adversaires, de l'absence de bilan gouvernemental à assumer et d'une population désorientée par le cours du monde. Il note que l'extrême droite reste en échec dans l'ancienne Midi-Pyrénées, où les réseaux politiques locaux résistent mieux à la division, mais s'interroge sur la durée de cette résistance.
Le politologue conclut que cette victoire du RN représente un financement public supplémentaire d'un demi-million d'euros pour le parti sur six ans, hors indemnités et collaborateurs, ce qui renforce sa capacité d'action politique.