Mali : le crépuscule de l'ami russe ? Analyse d'un enlisement
Mali : le crépuscule de l'ami russe ? Analyse

Mali : le crépuscule de l'ami russe ? Analyse d'un enlisement

Près de quatre ans après l'arrivée en fanfare des paramilitaires russes au Mali, le vernis craque. Dimanche 26 avril, les hommes du groupe Africa Corps ont quitté Kidal, dans le nord du pays, laissant derrière eux une ville qu'ils prétendaient avoir libérée en novembre 2023. En l'espace de quarante-huit heures, le verrou stratégique de cette cité symbole, bastion de la rébellion touareg, a sauté, faisant vaciller le régime d'Assimi Goïta.

Une offensive éclair des rebelles

Tout a commencé samedi 25 avril. Dans une opération d'une envergure inédite, les indépendantistes du Front de Libération de l'Azawad (FLA), alliés de circonstance avec les djihadistes du Groupe de Soutien de l'Islam et des Musulmans (GSIM, affilié à Al-Qaida), ont lancé des attaques simultanées sur plusieurs positions tenues par l'armée malienne et les forces russes. La coordination entre ces groupes, habituellement rivaux, a surpris les observateurs.

Cette offensive a conduit à la perte de Kidal, une ville que Moscou présentait comme un succès majeur de son intervention. Les images de soldats russes quittant précipitamment la base ont circulé sur les réseaux sociaux, contrastant avec la propagande habituelle vantant une victoire imminente.

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Un enlisement militaire prévisible

Pour de nombreux analystes, cette débâcle n'est que le reflet d'une stratégie mal conçue. Dès le début, l'approche russe au Mali a privilégié la puissance de feu et le soutien aux forces locales, sans s'attaquer aux causes profondes du conflit. Les groupes armés, qu'ils soient indépendantistes ou djihadistes, ont su s'adapter, exploitant le terrain et le mécontentement local.

« La Russie a sous-estimé la complexité du conflit malien », explique un expert en sécurité ouest-africaine. « Elle a cru pouvoir reproduire le modèle syrien, mais le Mali n'est pas la Syrie. Les alliances y sont mouvantes, et le contrôle territorial est illusoire. »

Une influence qui s'essouffle

Au-delà du revers militaire, c'est toute la stratégie d'influence russe en Afrique qui vacille. Moscou avait fait du Mali un vitrine de son retour sur le continent, avec des campagnes de propagande massives, des accords économiques et une présence médiatique soutenue. Mais cette image se fissure.

Les promesses d'investissements russes, notamment dans les mines d'or et les infrastructures, tardent à se concrétiser. Les entreprises russes, souvent liées au groupe Wagner devenu Africa Corps, se heurtent à des réalités locales complexes : bureaucratie, insécurité, et concurrence chinoise et turque.

« Le pillage économique est plus compliqué que prévu », confie un diplomate occidental. « Les ressources ne sont pas aussi facilement accessibles, et les Maliens commencent à s'interroger sur les véritables intentions de leurs nouveaux alliés. »

Le régime Goïta fragilisé

La chute de Kidal est un coup dur pour le colonel Assimi Goïta, arrivé au pouvoir par un coup d'État en 2021 et qui a fait du partenariat avec la Russie le pilier de sa légitimité. La population, déjà éprouvée par la crise économique et l'insécurité, pourrait se détourner d'un régime qui semble incapable de tenir ses promesses.

Des manifestations de mécontentement ont déjà eu lieu à Bamako, bien que réprimées. L'opposition, jusqu'ici silencieuse, commence à s'organiser. « Goïta joue son va-tout », analyse un politologue malien. « Sans le soutien russe, il est vulnérable. Mais la Russie, elle-même en difficulté, ne pourra pas toujours lui venir en aide. »

Quel avenir pour la présence russe ?

Alors que Moscou cherche à sauver la face, plusieurs scénarios se dessinent. Un renforcement militaire serait risqué, car il pourrait entraîner un enlisement plus profond. Un retrait, même partiel, serait perçu comme une défaite, nuisant à l'image de puissance de la Russie.

Pour l'instant, le Kremlin mise sur une communication optimiste, affirmant que Kidal a été « reprise » par les forces maliennes, une version contredite par les faits. Mais les jours de l'aventure russe au Mali sont peut-être comptés.

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« L'Afrique n'est pas le terrain de jeu facile qu'il imaginait », conclut Sarah Diffalah, autrice de cette analyse. « Entre l'enlisement militaire, une influence qui s'essouffle et un pillage économique complexe, Moscou découvre que chaque pays a ses propres règles. Et au Mali, le crépuscule de l'ami russe pourrait bien arriver plus tôt que prévu. »