L’influence de Donald Trump s’étend bien au-delà des frontières des États-Unis. En Amérique latine, ses idées et son style politique gagnent du terrain, séduisant une partie croissante de la classe politique et de l’électorat. Ce phénomène, analysé par plusieurs experts, pourrait redessiner la carte politique de la région.
Un modèle qui séduit les leaders populistes
Depuis l’élection de Jair Bolsonaro au Brésil, le trumpisme a trouvé un écho favorable chez plusieurs dirigeants latino-américains. Au Salvador, Nayib Bukele s’inspire ouvertement des méthodes de communication de Trump, utilisant Twitter comme principal canal de gouvernement. Au Mexique, le président Andrés Manuel López Obrador a également adopté un discours nationaliste et anti-élites, bien que son programme économique diffère.
Selon une étude récente du Pew Research Center, 45 % des Latino-Américains ont une opinion favorable des politiques de Trump, un chiffre en hausse de 10 points par rapport à 2020. Cette adhésion se traduit dans les urnes : plusieurs candidats ouvertement trumpistes ont remporté des élections locales et législatives.
Les causes de cette percée
Plusieurs facteurs expliquent cette montée du trumpisme en Amérique latine. D’abord, la lassitude face à la corruption et à l’inefficacité des partis traditionnels. Ensuite, la crise économique provoquée par la pandémie de Covid-19 a accentué le sentiment d’insécurité et le besoin de solutions radicales. Enfin, l’utilisation massive des réseaux sociaux permet aux leaders populistes de contourner les médias traditionnels et de s’adresser directement à leurs partisans.
« Le trumpisme offre un récit simple et séduisant : le peuple contre les élites corrompues, la nation contre les étrangers. C’est une recette qui fonctionne dans des contextes de crise », explique Maria Esperanza Casullo, politologue à l’Université nationale de General Sarmiento en Argentine.
Des conséquences inquiétantes pour la démocratie
Cette tendance n’est pas sans risques. Les experts mettent en garde contre l’érosion des institutions démocratiques et de l’État de droit. Au Brésil, Bolsonaro a multiplié les attaques contre le système électoral, tandis qu’au Salvador, Bukele a limogé des juges et des procureurs. Ces actions affaiblissent les contre-pouvoirs et ouvrent la voie à des dérives autoritaires.
Selon l’indice de démocratie de The Economist, la note moyenne de l’Amérique latine a chuté de 6,5 en 2015 à 5,8 en 2025, soit une baisse de 10 %. Le Brésil, le Mexique et le Salvador figurent parmi les pays ayant connu les plus fortes régressions.
Un avenir incertain
Si le trumpisme semble bien implanté, son avenir reste incertain. Les contre-exemples existent : au Chili, la nouvelle Constitution proposée par la gauche a été rejetée, mais le pays a élu un gouvernement progressiste. Au Pérou, la tentative de coup d’État de Pedro Castillo a échoué. La résistance démocratique s’organise, portée par une société civile vigilante.
« La vague trumpiste n’est pas irréversible. Mais elle nécessite une réponse ferme des démocrates, tant au niveau national qu’international », conclut Casullo.



