Guerre au Yémen : les baleines à bosse du Golfe prises au piège
Guerre au Yémen : baleines à bosse en danger

Pollution sonore

Les baleines à bosse chassent, communiquent et se reproduisent par le son, et ce aux mêmes fréquences que les sonars et moteurs. Dans ces eaux militarisées, cette exposition continue au bruit est plus qu’une nuisance, c’est une agression pour cette espèce menacée. « Les sons que les baleines émettent peuvent être masqués par la pollution sonore des activités humaines », explique Olivier Adam, chercheur à la Sorbonne Abou Dhabi, au magazine Wired. Résultat : elles réduisent leurs plongées et s’affament progressivement. Dans les cas les plus graves, leur audition peut être détruite, ce qui les condamne à s’échouer.

Prisonnières de leur propre foyer

Contrairement aux autres populations de baleines à bosse de la planète, les quelque 100 individus du golfe Persique ne migrent pas. Le Golfe n’est pas un couloir, c’est leur seul et unique territoire. Depuis le début des hostilités en février, le blocus a vidé les eaux de la quasi-totalité des navires commerciaux, mais pas des mines, des patrouilles militaires et du bruit des opérations de guerre. « Ces baleines n’ont aucun moyen de s’échapper », résume le bioacousticien de la Sorbonne.

La menace des mines

Le détroit, large de 34 kilomètres, est devenu un champ de mines. Quand ils détonent, ces engins génèrent des ondes de choc capables de provoquer la rupture d’organes internes des poissons et d’endommager irrémédiablement l’ouïe des mammifères marins. Mais dans un espace aussi contraint, se déplacer pour tenter de fuir de risque, c’est perdre ses zones d’alimentation, ses repères, sa capacité à survivre. Et si le blocus venait à lever, l’afflux brutal de navires dans des eaux toujours minées pourrait aggraver la situation.

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Danger de collision

À des milliers de kilomètres du détroit, les baleines du cap de Bonne-Espérance, en Afrique du Sud, subissent elles aussi la guerre. Depuis que le blocus contraint les armateurs à se dérouter et à contourner l’Afrique, leurs navires croisent désormais les couloirs migratoires des grands cétacés. Selon un rapport présenté à la Commission baleinière internationale (IWC), les risques de collision entre bateaux et baleines ont « considérablement augmenté » depuis le début du conflit.

Les dugongs, une espèce protégée toujours menacée

7 000. C’est le nombre de dugongs qui peuplent le golfe Persique et pourraient tout perdre en une marée noire. Ces herbivores ne se nourrissent que d’herbiers de zostères, des plantes qui, privées de la lumière du soleil, meurent. Dans des eaux où circulent des navires militaires et des mines non déclenchées, le risque d’incident pétrolier est permanent. Une nappe en surface agirait comme un store opaque sur les herbiers, provoquant leur mort et une famine pour cette espèce protégée.

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