Des perspectives économiques assombries pour l'Afrique subsaharienne
Le Fonds monétaire international (FMI) a publié le 16 avril ses Perspectives économiques régionales pour l'Afrique subsaharienne, dressant un tableau contrasté de la situation économique du continent. Le titre de la publication, « Des progrès durement acquis et mis à l'épreuve », résume parfaitement le dilemme actuel.
Une année 2025 exceptionnelle avant le choc
Abebe Aemro Selassie, directeur du département Afrique du FMI, souligne que « la région a abordé l'année 2026 avec la plus forte dynamique économique de la décennie ». En effet, l'année 2025 avait été marquée par des performances remarquables :
- Une croissance régionale atteignant 4,5%, son rythme le plus rapide depuis plus de dix ans
- Une inflation médiane tombée à 3,4% fin 2025 contre 4,8% un an plus tôt
- Une réduction des déficits budgétaires et de la dette publique
- Une amélioration de la balance des transactions courantes
« Des pays comme l'Éthiopie et le Nigeria ont bénéficié de réformes macroéconomiques, de réalignements des taux de change, de réductions des subventions et de cadres de politique monétaire renforcés », précise Abebe Aemro Selassie, ajoutant que « 2025 a été une année de stabilisation durement acquise ».
L'impact dévastateur de la guerre au Moyen-Orient
La situation a radicalement changé avec l'éclatement du conflit au Moyen-Orient, créant un choc externe majeur pour les économies africaines. Les conséquences sont multiples et préoccupantes :
- Flambée des prix du pétrole, du gaz et des engrais
- Augmentation des coûts du transport maritime
- Perturbation des échanges commerciaux avec les partenaires du Golfe
- Baisse du tourisme et des transferts de fonds
- Durcissement des conditions financières, particulièrement pour les pays importateurs de carburant
Face à cette situation, le FMI a dû réviser ses prévisions à la baisse pour 2026 : la croissance régionale est maintenant estimée à 4,3% au lieu de 4,6% initialement prévu, tandis que l'inflation médiane devrait remonter à 5% d'ici la fin de l'année.
Des économies à deux vitesses face au choc pétrolier
L'impact de la guerre varie considérablement selon le statut énergétique des pays :
- Les pays producteurs d'hydrocarbures pourraient bénéficier de recettes plus élevées
- Les pays importateurs seront frappés de plein fouet par la hausse des prix des carburants
Cette divergence crée une situation particulièrement difficile pour les nations dépendantes des importations énergétiques, qui doivent faire face à :
- Une détérioration de leur balance commerciale
- Une hausse du coût de la vie menaçant directement les populations les plus vulnérables
- Des perturbations d'approvisionnement en combustibles affectant la production d'électricité et les transports
La sécurité alimentaire gravement menacée
L'envolée des prix des engrais représente une menace directe pour la production agricole et constitue une source potentielle d'inflation alimentaire. Abebe Aemro Selassie met en garde contre les conséquences humaines potentielles : « Une hausse de 20% des cours mondiaux des denrées alimentaires pourrait entraîner plus de 20 millions d'habitants de la région dans une situation d'insécurité alimentaire modérée ou sévère ».
Un contexte aggravé par la baisse de l'aide internationale
La situation est encore compliquée par la réduction brutale de l'aide publique au développement. Abebe Aemro Selassie insiste sur ce point : « Ce dernier choc survient après la perturbation causée par la baisse brutale et sans précédent de l'aide publique au développement, ce qui aggrave toutes ces pressions ».
Cette combinaison d'un choc externe violent et d'une diminution de l'aide plonge les économies africaines dans une vulnérabilité accrue, nécessitant des réponses politiques adaptées et ciblées.
Les recommandations du FMI pour faire face à la crise
Face à ces défis multiples, le FMI propose plusieurs axes d'action :
- À court terme : Maîtriser l'inflation tout en protégeant les plus vulnérables grâce à un soutien ciblé
- À moyen terme : Accélérer les réformes structurelles pour libérer le potentiel de croissance
- Priorité stratégique : Poursuivre la diversification économique et renforcer l'intégration régionale
Abebe Aemro Selassie souligne l'importance de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) pour renforcer la résilience économique : « Dans un contexte géopolitique en mutation, l'intégration régionale peut renforcer la résilience et ouvrir de nouvelles perspectives ».
Ce rapport marque le dernier exercice d'Abebe Aemro Selassie à la tête du département Afrique du FMI. Après dix ans de service, l'économiste éthiopien passe la main à Zeine Ould Zeidane, ancien Premier ministre mauritanien, dans un contexte où les équilibres économiques du continent redeviennent particulièrement incertains et fragiles.



