Bolivie : un mort lors des manifestations contre l'inflation, La Paz bloquée
Les manifestations qui secouent la Bolivie depuis début mai ont pris une tournure tragique. Un manifestant a trouvé la mort lors d'affrontements avec les forces de l'ordre, tandis que la capitale administrative, La Paz, est asphyxiée par des barrages routiers. Le président de centre droit Rodrigo Paz, élu en octobre, fait face à une crise majeure.
Des revendications multiples
À l'origine, les manifestants réclamaient des augmentations salariales, des mesures contre l'inflation et le retrait d'une loi controversée sur la propriété agraire. Aujourd'hui, paysans, ouvriers, mineurs et enseignants, dont les plus radicaux sont surnommés les « ponchos rouges », exigent la démission du président Paz, au pouvoir depuis six mois.
La crise économique en toile de fond
Peu après son arrivée, Rodrigo Paz a supprimé les subventions sur les carburants, une mesure visant à préserver les réserves en dollars du pays. Cela a provoqué une flambée des prix et la vente d'essence contaminée, endommageant des milliers de moteurs. La Bolivie traverse sa pire crise économique depuis 40 ans, avec des pénuries alimentaires, de carburant et de médicaments.
Un mort et des affrontements violents
Lundi 19 mai, des affrontements ont opposé manifestants et police antiémeutes à La Paz. Pierres, bâtons et explosifs artisanaux ont été lancés, et la police a riposté avec des gaz lacrymogènes. Plus de 120 personnes ont été interpellées. Le gouvernement a signalé des bâtiments publics pillés, des stations de téléphérique endommagées et un véhicule de police incendié. Le parquet a ordonné l'arrestation du chef syndical Mario Argollo, accusé d'incitation à commettre des délits et de terrorisme. Deux jours plus tôt, un manifestant est mort après être tombé dans un fossé lors d'affrontements.
Un pont aérien pour ravitailler La Paz
La police a annoncé une opération pour débloquer les routes autour de La Paz et permettre l'acheminement de nourriture, médicaments et carburant. Samedi, des convois avaient réussi à entrer après douze heures d'affrontements, mais les barrages ont été renforcés. Le gouvernement a mis en place un pont aérien depuis Santa Cruz et Cochabamba, sans répondre à la demande.
Dialogue ou répression ?
Face à la pression de l'extrême droite, qui réclame l'état d'urgence, le président Paz prône le dialogue. Il a exprimé son intention de reprendre la réforme agraire avec plus de concertations. En attendant, il a approuvé une rémunération extraordinaire pour les forces de l'ordre.
L'ombre d'Evo Morales
Le gouvernement accuse l'ancien président socialiste Evo Morales (2006-2019), sous le coup d'un mandat d'arrêt pour traite présumée de mineure, d'être derrière les troubles. Le ministre de l'Économie a déclaré que les manifestants sont des « opérateurs politiques » utilisés par Morales pour revenir au pouvoir. Le porte-parole de la présidence a dénoncé un « plan macabre » financé par le trafic de drogue. L'ancienne présidente Jeanine Áñez a affirmé que Morales n'a jamais accepté que la Bolivie n'appartienne à personne. Le quotidien conservateur « El Deber » titre sur un « coup d'État de secteurs ultra-radicaux ».
Les États-Unis soutiennent Paz
Le numéro deux de la diplomatie américaine, Christopher Landau, a qualifié les manifestations de « coup d'État financé par une alliance entre la politique et le crime organisé ». Il a exprimé son soutien au président Paz, allié de Donald Trump, et s'est dit inquiet de la situation.



