Mérignac : le renouvellement urbain de la cité Yser divise les candidats aux municipales
Mérignac : la rénovation de la cité Yser crée la polémique

Mérignac : le renouvellement urbain de la cité Yser divise les candidats aux municipales

Symbole emblématique de l'urbanisme de barres des années 1960 et menacée par une vétusté avancée, la résidence Yser à Mérignac va connaître un vaste projet de renouvellement urbain d'envergure. Ce plan ambitieux, porté conjointement par la Ville, la Métropole et le bailleur social Domofrance, prévoit des opérations de démolition, reconstruction et réhabilitation pour un montant total dépassant les 70 millions d'euros.

Un projet de transformation majeur

Validé lors du dernier conseil municipal de novembre, ce projet de renouvellement urbain concerne les 14 blocs et 332 logements de la cité Yser, dont 93% sont des logements sociaux. L'opération prévoit spécifiquement :

  • La réhabilitation de 268 appartements existants
  • La démolition de 74 logements jugés trop dégradés
  • La création de 193 nouveaux logements mixtes en compensation
  • Des travaux d'équipements complémentaires incluant écoles, commerces et voirie

Le financement est assuré par Domofrance (38,5 millions d'euros), la Métropole (22 millions d'euros) et la Ville de Mérignac (9,8 millions d'euros), représentant un investissement conséquent de plus de 100 000 euros par logement concerné.

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Des positions politiques contrastées

Alors que la campagne municipale bat son plein, ce projet de rénovation urbaine devient un sujet de discorde majeur entre les différents candidats. Tous reconnaissent la nécessité urgente d'intervenir face à l'état de dégradation avancé du parc immobilier, mais les divergences apparaissent sur la méthode et la philosophie du projet.

Thierry Millet, candidat de droite et du centre, critique ouvertement le processus de concertation : « Je conteste le contenu du dossier et la manière dont la concertation a été menée ». Il propose de préserver l'emprise des immeubles existants et leurs espaces verts, tout en s'opposant au tracé controversé d'une rue traversant la cité. Malgré ses réserves, il soutient le principe de mixité sociale et souhaite « renouer la confiance rompue » avec les habitants.

Son colistier Karim Zaidi, vice-président de l'Association des locataires de la cité Yser, adopte une position plus radicale : « Ce projet est un abus de faiblesse ». Il dénonce un « processus d'éviction de la population sur place » et pointe l'opacité du projet, avec une quinzaine de banderoles d'opposition visibles aux fenêtres des appartements.

Critiques de gauche et propositions alternatives

Guillaume Perchet, candidat de Lutte ouvrière, qualifie l'opération de « spéculation immobilière qui vise à chasser les travailleurs les plus pauvres de la métropole ». Il remet en question les garanties de plafonnement des loyers après rénovation, alors que la cité Yser héberge actuellement les loyers sociaux les plus bas de la métropole. Pour lui, « la mixité sociale, c'est de l'hypocrisie pour masquer la gentrification ».

Loan Panifous, candidat de La France Insoumise, partage ces critiques et souligne : « Si un entretien régulier avait été fait par le bailleur, on n'en serait pas là ». Il propose de mettre en pause le projet, de lancer une consultation citoyenne approfondie et de réaliser un audit complet du parc social, tout en augmentant l'offre pour les plus modestes.

Défense du maire sortant et perspectives sécuritaires

Face à ces critiques, le maire sortant Thierry Trijoulet (PS et union de la gauche) défend son projet : « Nous avons concerté quasiment sur deux mandats ». Il reconnaît des retards dus à la pandémie de Covid-19 mais insiste sur le caractère amendable du projet et sur les garanties sociales : « Tout le monde sera relogé, tous ceux qui le veulent resteront. L'accompagnement se fera sur la base du volontariat ».

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À l'extrême droite, Jimmy Bourlieux (RN) soutient le principe de mixité mais critique l'approche urbanistique. Il aurait préféré « casser le modèle d'urbanisme de barre » qu'il associe à la ségrégation sociale. Son approche se distingue par un focus sécuritaire, proposant « l'installation d'un poste de police municipale mobile dans le quartier » pour lutter contre ce qu'il décrit comme un point chaud du trafic de drogue.

Une rare convergence apparaît cependant entre Thierry Trijoulet et Karim Zaidi qui rejettent ce diagnostic sécuritaire alarmiste, décrivant au contraire un quartier aujourd'hui apaisé et tranquille.

Ce projet de renouvellement urbain, au-delà des enjeux techniques et financiers, cristallise ainsi les débats sur la politique du logement, la mixité sociale et les méthodes de concertation citoyenne à l'approche des élections municipales.