La Vélodyssée confrontée à la furie de l'océan
La célèbre véloroute qui serpente entre Hendaye et Roscoff, offrant aux cyclistes un parcours exceptionnel entre terre et mer, voit son existence menacée par les assauts répétés de l'océan. Le constat est alarmant : le recul du littoral galope à une vitesse qui dépasse toutes les prévisions scientifiques, même les plus pessimistes.
L'érosion qui défie toutes les projections
À La Tremblade, sur le secteur de l'Embellie, la réalité est particulièrement frappante. En janvier 2026, l'océan a eu raison d'une portion significative de l'Eurovélo 1, faisant s'effondrer la piste cyclable sur près de cent mètres. Le trait de côte observé en 2025 a déjà dépassé ce qui était attendu pour 2050, selon les experts. Dans cette zone sensible du pertuis de Maumusson, l'érosion ne cesse de s'accélérer, emportant avec elle arbres, chemins pédestres, et même des places de stationnement.
« On a perdu 300 mètres en dix ans », rappelle avec gravité Bertrand Thomas-Baggio, chargé de mission érosion côtière à la Communauté d'agglomération Royan Atlantique. Les tentatives de déplacement de la véloroute, censées gagner du temps face à l'avancée de l'océan, se révèlent insuffisantes. Un déplacement de 30 mètres effectué récemment n'a permis de gagner que dix mois au lieu des deux ans espérés.
Un phénomène qui s'étend sur tout l'itinéraire
Si l'exemple de La Tremblade est le plus spectaculaire, l'érosion n'épargne pas la Vélodyssée sur l'ensemble de ses 1 300 kilomètres. À Saint-Palais-sur-Mer également, vingt mètres de piste cyclable ont été emportés en juillet 2024, obligeant là aussi à des déviations d'urgence.
Sabine Andrieu, directrice de la coordination mutualisée des véloroutes Vélodyssée et Scandibérique, reconnaît l'ampleur du défi : « On ne gagnera pas cette bataille contre la nature. Forcément, la Vélodyssée va perdre de son ADN maritime. » Cette prise de conscience a conduit à lancer plusieurs études, tant au niveau local que national, pour envisager l'avenir de cet itinéraire emblématique.
Le déclic des incendies de 2022
L'année 2022 a marqué un tournant dans la gestion des risques pour la Vélodyssée. Alors que l'on devait fêter les dix ans de l'ouverture de l'itinéraire, les incendies de Gironde ont entraîné la fermeture de 350 kilomètres de piste à la veille du 14 juillet. « Ça nous a mis en situation de gestion des risques, un univers qu'on connaissait peu », se souvient Sabine Andrieu.
Cette prise de conscience a conduit à l'élaboration d'un plan d'action et d'un protocole de gestion de crise, financé par l'Ademe, qui sera restitué en juin 2026. Ce document étudie une cinquantaine d'aléas climatiques extrêmes, des incendies à l'érosion en passant par les crues, avec pour objectif de mieux anticiper les risques.
Un enjeu économique considérable
La Vélodyssée représente bien plus qu'un simple itinéraire cyclable. Premier cordon du vélotourisme français, elle est aujourd'hui empruntée par trois millions d'utilisateurs chaque année. Les retombées économiques directes sont estimées à 124,6 millions d'euros par an, avec un effet multiplicateur impressionnant : un euro investi dans l'aménagement rapporte dix euros aux territoires.
Les collectivités locales ont bien compris cet enjeu. À Châtelaillon-Plage, le maire Stéphane Villain, qui préside également la Vélodyssée, prévoit d'investir plus d'un million d'euros d'ici 2029 pour aménager le tronçon traversant sa commune. Depuis 2018, la fréquentation de la véloroute a augmenté de 63%, témoignant de son attractivité croissante.
Une concertation complexe pour l'avenir
La réflexion sur l'avenir de la Vélodyssée s'annonce particulièrement complexe. À l'Embellie, on envisage même la suppression pure et simple de la route D25, située à seulement 150 mètres de la côte et qui complique les projets de relocalisation de la véloroute. Cette route ne dessert que les plages, et l'idée d'envoyer les visiteurs se garer plus loin et venir à pied est sérieusement étudiée.
La concertation implique de nombreux acteurs, dont l'Office national des forêts dans la zone protégée du massif de la Coubre. Les contraintes sont multiples : naturelles, financières, réglementaires, administratives... La Vélodyssée apparaît comme un colosse économique aux pieds de sable, dont la pérennité dépendra des choix d'adaptation qui seront faits dans les prochaines années.
L'ambition affichée pour les cinq prochaines années est de « consolider la Vélodyssée comme un itinéraire fleuron au niveau national et international ». Mais cet objectif devra composer avec une réalité implacable : le littoral recule, et avec lui, certaines des plus belles portions de cette véloroute mythique. Les changements d'itinéraire imposés par le retrait de côte font craindre une baisse de la note « qualité », aujourd'hui fixée à 16,5 sur 20. L'avenir de la Vélodyssée se joue désormais dans sa capacité à s'adapter, même si cela signifie, comme le reconnaissent ses gestionnaires, « un peu moins de vue mer ».



