Dans les archives : Le 7 avril 1982, la rocade bordelaise achève son périple urbain
Le 7 avril 1982 marque un tournant dans l'histoire des transports de l'agglomération bordelaise. Ce jour-là, le dernier tronçon de six kilomètres de la rocade, traversant les communes de Mérignac et Pessac, ouvre enfin à la circulation. Un événement attendu par de nombreux automobilistes, mais accueilli avec amertume par certains riverains qui dénoncent depuis deux ans les impacts sur leur cadre de vie.
Une banderole symbolique et un climat empoisonné
« Ici meurt la qualité de la vie ». Cette proclamation, inscrite sur une banderole accrochée à la rambarde d'une passerelle enjambant la nouvelle rocade à Pessac, résume le désarroi des habitants des lotissements de Monbalon. Ce secteur est devenu l'un des épicentres de la contestation écologique qui a accompagné l'avancée des travaux pendant vingt-quatre mois.
Cette profession de foi de l'association des riverains de la rocade, ultime baroud d'honneur, illustre le climat tendu entre les résidents pessacais et l'administration. Malgré les concessions accordées aux militants écologistes – telles que la construction de murs anti-bruit, des aménagements paysagers et l'isolation phonique de certains bâtiments –, le projet a été mené à son terme. La rocade a ainsi été ouverte à la circulation en cet après-midi du 7 avril 1982, permettant immédiatement au trafic de s'y déployer librement.
Retards, surcoûts et inauguration sans faste
Le calendrier des travaux a subi les contrecoups des multiples controverses sur le tracé de ces six kilomètres de ceinture urbaine, entre la route de l'aéroport au nord et l'autoroute A63 au sud. Ces débats ont entraîné environ six mois de retard et un surcoût estimé à une dizaine de millions de francs, principalement destinés à réduire les nuisances sonores et environnementales.
Face au désappointement des riverains, les autorités ont opté pour une inauguration discrète. Organiser des réjouissances officielles avec ruban coupé et discours triomphants aurait été perçu comme une provocation. Craignant des incidents, il n'y eut donc ni cérémonie pompeuse ni célébrations publiques.
Une manifestation symbolique et des images marquantes
Quelques heures avant l'ouverture aux automobilistes, les riverains ont organisé une action symbolique sous la passerelle de Monbalon. Ils ont installé un gibet auquel ils ont pendu neuf mannequins, oscillant de manière dérisoire au-dessus de la chaussée de bitume. Ces images fortes, capturées par le photographe Michel Lacroix pour Sud Ouest, se passent de légende.
Un paradoxe frappant émerge de cette évocation de la mort en un lieu désormais dédié à la mobilité, même si certains y voient le règne des « homautos ». Cette ouverture, bien que contestée, a finalement soulagé ceux qui espéraient depuis longtemps une amélioration de la fluidité du trafic dans la région bordelaise.



