Une course solitaire de 1500 kilomètres pour honorer la mémoire des déportés
Le 13 avril prochain, Justine Decourselle, une infirmière de 26 ans originaire du nord de la France et résidant dans l'Hérault, s'élancera dans une aventure extraordinaire. Elle entreprendra une course à pied en solitaire sur 1500 kilomètres, reliant Drancy en France au camp d'Auschwitz en Pologne. Ce défi sportif hors norme, qu'elle nomme « course contre l'oubli », a une portée mémorielle profonde. Il s'agit de retracer, pas à pas, le parcours du convoi 71, qui a quitté Drancy il y a quatre-vingt-deux ans, le 13 avril 1944, avec 1499 déportés à bord, dont des figures emblématiques comme Ginette Kolinka et Simone Veil.
Un périple chargé d'histoire et d'émotion
Le départ sera donné depuis le camp d'internement de Drancy, principal lieu de transit des Juifs de France avant leur déportation durant la Seconde Guerre mondiale. Justine Decourselle suivra symboliquement la route empruntée par les déportés jusqu'à la gare de Bobigny, puis vers l'Est. Le convoi 71 a connu un voyage éprouvant de trois jours dans des wagons à bestiaux, aboutissant au camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau. Des 1499 personnes déportées, seules 117 femmes et 56 hommes en sont revenus, un chiffre qui souligne l'horreur de cette tragédie.
Cette course n'est pas qu'une performance physique ; c'est un acte de résistance contre l'oubli. Justine Decourselle exprime sa profonde préoccupation face à la résurgence de l'antisémitisme aujourd'hui. « Je suis touchée depuis longtemps par l'histoire de la Seconde Guerre mondiale, et quand je vois l'antisémitisme qui revient, ça me touche. J'ai l'impression qu'on n'a pas appris de l'Histoire », confie-t-elle au journal Ouest-France. Son engagement vise à défendre la tolérance et à sensibiliser les jeunes générations aux leçons du passé.
Préparations et soutiens pour un voyage mémoriel
En amont de son départ, Justine Decourselle a multiplié les initiatives pour préparer son périple. Elle s'est entourée de partenaires prestigieux, notamment le Mémorial de la Shoah de Drancy et l'association Le Souvenir français, qui apportent un soutien logistique et moral. Elle a également rencontré Ginette Kolinka, survivante de la Shoah, une rencontre qui l'a profondément marquée. « Rencontrer Ginette Kolinka, qui a vécu l'enfer, et qui est aujourd'hui une personne très drôle et très optimiste, ça permet de dire qu'on peut s'en sortir », relate-t-elle. De son côté, Ginette Kolinka a salué le courage de la jeune coureuse.
Pour impliquer la communauté, Justine Decourselle a mené des actions de sensibilisation dans plusieurs collèges en France, échangeant avec des élèves sur l'importance du devoir de mémoire. « Je fais cette course pour que l'on n'oublie jamais ce qu'il s'est passé et pour défendre la tolérance », explique-t-elle au Midi Libre. Elle emportera avec elle des galets décorés de messages de fraternité, réalisés par une vingtaine d'enfants, parents et grands-parents du Contrat local d'accompagnement à la scolarité (CLAS) de Mauguio Carnon dans l'Hérault, symbolisant l'espoir et la solidarité.
Le périple, prévu pour durer trente-trois jours, devrait s'achever le 15 mai à Auschwitz. Cette course contre l'oubli représente un témoignage poignant de résilience et d'engagement, rappelant que le souvenir des victimes de la Shoah doit perdurer face aux défis contemporains.



