L'association « M’endors pas », fondée par Caroline Darian, a lancé ce lundi 28 septembre la toute première campagne nationale de sensibilisation à la soumission chimique. Soutenue par Gisèle Pelicot, figure internationale de la lutte contre les violences sexuelles, cette initiative d'envergure vise à faire connaître ce « fléau de santé publique » et à encourager les victimes à briser le silence. La campagne est diffusée à la télévision, sur les réseaux sociaux et sur des panneaux d'affichage dans les grandes villes jusqu'au 18 octobre.
Un dispositif inédit pour informer et orienter les victimes
La campagne s'ouvre sur des images montrant plusieurs personnes interrogées sur ce qu'elles ont subi de la part d'un compagnon, d'un beau-père ou d'un collègue, incapables de répondre à la question : « Peux-tu me raconter ce qu'il s'est passé ? » Dans la scène finale, Gisèle Pelicot apparaît en personne pour délivrer un message de prévention et orienter les victimes vers le Crafs, la seule structure dédiée dotée d'une ligne d'écoute.
« Il s'agit d'un véritable fléau de santé publique, explique Caroline Darian à l'AFP. Le message qu'on veut faire passer, c'est que si vous avez un doute, il faut investiguer. Ce n'est pas parce qu'on n'a pas de souvenir, qu'il n'y a pas de traces. » L'objectif est de faire connaître la soumission chimique, définie comme l'administration d'une substance psychoactive à l'insu ou sous la contrainte d'une personne à des fins criminelles ou délictuelles.
Un fléau révélé par des affaires retentissantes
Contrairement aux idées reçues, la soumission chimique ne se limite pas au verre piégé lors d'une soirée : 75 % de ces agressions sont commises par un proche. En France, le sujet est resté un angle mort des violences intrafamiliales jusqu'à la plainte, fin 2023, de la députée Sandrine Josso contre le sénateur Joël Guerriau, condamné depuis à quatre ans de prison dont 18 mois ferme. Un an plus tard, le procès des viols de Mazan et la condamnation à 20 ans de réclusion de Dominique Pelicot, qui avait drogué son épouse aux anxiolytiques pour la livrer à des dizaines d'inconnus, ont également marqué les esprits.
Gisèle Pelicot, qui s'est dite « très fière » du travail acharné de sa fille depuis cinq ans, a accepté immédiatement de participer à la campagne nationale : « Ce combat est le mien, mais il est surtout désormais celui de toute la société », a-t-elle souligné sur France Inter. Pour Caroline Darian, avoir la caution de sa mère est « un message hyper fort et un message d'espoir qui montre qu'on peut se relever ».
Des avancées politiques en cours
Les frais techniques de la campagne ont été financés par le ministère chargé de l'Égalité entre les femmes et les hommes, la Fondation des Femmes et des dons privés. Sur le plan législatif et médical, la mobilisation commence à porter ses fruits grâce au travail de la députée Sandrine Josso et de la sénatrice Véronique Guillotin.
Depuis le début de l'année 2026, une expérimentation de trois ans est menée dans quatre régions (l'Île-de-France, les Hauts-de-France, les Pays de la Loire, et la Guadeloupe) pour permettre d'effectuer des prélèvements toxicologiques (sang, urine, cheveux) sans dépôt de plainte préalable. D'autres mesures, comme la formation obligatoire des professionnels de médecine légale et l'indemnisation des victimes même en cas de classement sans suite, sont désormais au cœur des débats parlementaires pour ancrer définitivement cette lutte dans la loi.