Une quarantaine de personnes ont répondu dimanche à l'appel du maire d'Aiglun, Anthony Salomone, pour participer aux premières Assises citoyennes de l'eau, sous la halle du village. Agriculteurs, pêcheurs, acteurs du tourisme, militants associatifs ou simples habitants d'Aiglun et des villages alentour se sont réunis pendant quatre heures pour réfléchir ensemble à la surveillance, la protection et la défense des milieux aquatiques menacés de la vallée de l'Estéron.
Une mobilisation citoyenne pour la cascade du Vegay
Depuis plusieurs mois, le maire d'Aiglun tire la sonnette d'alarme sur la survie de la biodiversité dans la cascade du Vegay. En juin, il a claqué la porte du Parc naturel régional des Préalpes d'Azur, estimant ne pas être suffisamment entendu sur la préservation des milieux naturels. Il est allé plus loin en proposant aux habitants de s'emparer du sujet.
Lors de ces Assises, les échanges ont d'abord porté sur le tarissement de la cascade du Vegay. Aujourd'hui, elle serait menacée par un débit jugé trop faible par la commune : 10,5 litres par seconde, défini par arrêté préfectoral, alors que la Maison régionale de l'eau a conclu à un besoin de 35 litres par seconde pour assurer le maintien de la biodiversité de la flore et de la faune. En jeu, notamment, la reproduction des truites fario et le maintien des tufières, ces dépôts formés par la précipitation du calcaire contenu dans l'eau sur des éléments minéraux ou végétaux.
La cascade, un symptôme d'une problématique plus large
« La cascade, pourtant classée “monument naturel” en 1933 par un arrêté ministériel, n'est qu'un symptôme plus large d'une problématique de gestion globale, selon la directrice de Wild Legal, Marine Calmet, association pour la reconnaissance des droits de la Nature en France. L'eau ne peut être pensée indépendamment des sols, des forêts, des pratiques agricoles, des canaux ou des choix d'aménagement. »
D'où la décision de créer, à l'issue de la réunion, le Conseil citoyen de l'eau du bassin-versant de l'Estéron. Il a été acté que ce collectif mettrait en commun les connaissances, relierait les initiatives, soutiendrait les expérimentations et ferait remonter les alertes afin de peser sur les décisions concernant l'avenir du bassin-versant. Avec un credo : s'appuyer sur les études scientifiques.
Trois missions pour le Conseil citoyen de l'eau
« Le Conseil s'organisera autour de trois missions : veiller, en documentant l'état des cours d'eau et des milieux, prendre soin, notamment en soutenant des pratiques d'hydrologie régénérative permettant de retenir l'eau dans les sols et faire entendre la voix du bassin-versant auprès des habitants et des institutions », précise Marine Calmet. L'ambition est de nommer des référents. À chacun, selon son profil, d'être veilleur, ambassadeur ou gardien de la ressource.
En parallèle à cette mobilisation citoyenne, le combat se poursuit devant la justice. Un recours a été déposé en août 2025 devant le tribunal administratif de Nice pour obtenir la réévaluation du débit minimum laissé aux sources du Végay. Une décision est attendue avant la fin de l'année. En attendant, une seconde réunion devrait se tenir prochainement.



