Le pois chiche, futur aliment clé des colonies lunaires ? Une percée scientifique
Pois chiche lunaire : percée pour nourrir les astronautes

Le pois chiche, futur aliment clé des colonies lunaires ? Une percée scientifique

Alors que le programme américain Artemis, destiné à ramener durablement l'homme sur la Lune, connaît des retards, la recherche scientifique continue d'avancer à grands pas. La NASA vise l'établissement d'un camp de base permanent sur notre satellite naturel vers la fin de cette décennie, mais une question logistique essentielle demeure : comment nourrir les pionniers de cette future colonie extraterrestre ?

Au-delà des laitues spatiales : le défi nutritionnel lunaire

Si la culture de laitues ou de tomates dans la Station spatiale internationale (ISS) a été célébrée avec faste, une présence humaine durable sur la Lune nécessitera des aliments à la conservation plus longue et aux apports nutritionnels plus denses. La réponse à ce défi interplanétaire pourrait bien se trouver du côté d'une légumineuse modeste mais puissante : le pois chiche.

Une première mondiale dans un sol lunaire simulé

Une équipe de l'Université du Texas à Austin, en collaboration avec l'Université Texas A&M (Agriculture et Mécanique), vient de réaliser une première mondiale : faire pousser et récolter avec succès des pois chiches dans un substitut de terre lunaire. Cette réussite, réalisée en 2024 mais récemment publiée dans la revue Scientific Reports, représente un exploit considérable face à la nature hostile du sol lunaire.

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Le régolithe lunaire, cette poussière extraterrestre, est totalement dépourvu de matière organique essentielle à la vie végétale. Pire encore, il contient des métaux lourds potentiellement toxiques pour les plantes. Pour surmonter ces obstacles, les chercheurs ont développé des méthodes innovantes bien plus sophistiquées que la célèbre méthode Matt Damon du film Seul sur Mars.

L'ingéniosité au service de l'agriculture spatiale

Les scientifiques ont enrichi la fausse poussière lunaire avec du lombricompost, un sous-produit issu de vers de terre rouges riches en nutriments. L'avantage majeur de cette approche dans l'espace réside dans le fait que ces vers produisent ce compost vital en consommant des déchets organiques que l'équipage générerait de toute façon.

Face à un sol lunaire dont la structure empêche de retenir l'humidité, l'équipe a imaginé un système ingénieux de mèches en coton pour acheminer l'eau directement jusqu'aux racines des plantes. De plus, les chercheurs ont enrobé les graines de champignons mycorhiziens à arbuscules avant la plantation. Ces champignons agissent en symbiose avec la plante, l'aidant à absorber les nutriments tout en formant un bouclier naturel réduisant l'absorption des métaux lourds.

Le pois chiche : bien plus qu'une simple source alimentaire

Le choix de la variété Myles de pois chiche, réputée compacte et résiliente, n'est pas dû au hasard. Contrairement au blé ou au maïs, cette légumineuse possède la capacité naturelle de fixer l'azote de l'air dans le sol, souvent grâce à une symbiose avec des bactéries.

Le pois chiche n'est donc pas uniquement une source de nourriture : c'est un véritable outil de terraformation miniature, une plante ingénieur capable d'améliorer un sol mort pour faciliter les cultures ultérieures. Les résultats sont impressionnants : les plants ont pu s'épanouir et produire des pois chiches dans un mélange contenant jusqu'à 75% de terre lunaire simulée.

Les défis restants avant une agriculture lunaire viable

Il convient cependant de tempérer l'enthousiasme. Le régolithe utilisé par les chercheurs, fourni par l'entreprise Exolith Labs, reste un simulant terrestre. L'authentique régolithe lunaire, bombardé de radiations solaires et cosmiques depuis des milliards d'années, possède une chimie bien différente et est beaucoup plus coupant et réactif.

Faire pousser une plante sur Terre dans du faux sol lunaire est une chose, y parvenir en conditions réelles en est une autre. Sur la Lune, le véritable test sera la gravité réduite (six fois moindre que sur Terre) et les radiations, des contraintes impossibles à simuler parfaitement en laboratoire.

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La sécurité alimentaire : prochaine étape cruciale

Pourra-t-on bientôt déguster un houmous extraterrestre en toute sécurité ? Bien que la récolte représente un jalon majeur, l'innocuité de ces légumineuses reste à prouver. Les chercheurs doivent maintenant s'assurer qu'aucun métal toxique ne s'est glissé dans les grains pendant la croissance.

Nous voulons déterminer s'ils constituent une source de nourriture viable, explique Jessica Atkin, première autrice de l'étude et doctorante à l'Université Texas A&M. Sont-ils bons pour la santé ? Apportent-ils les nutriments dont les astronautes ont besoin ? Et s'ils s'avèrent impropres à la consommation, combien de générations de plants faudra-t-il cultiver pour qu'ils le deviennent ?

Si le rêve d'une agriculture spatiale vivrière n'a jamais été aussi proche, le chemin vers l'autonomie alimentaire lunaire promet encore des défis considérables à relever. Cette percée scientifique ouvre néanmoins des perspectives fascinantes pour la colonisation durable de notre satellite naturel.