Fondation ARC : comment deux jeunes chercheuses bordelaises ont financé leur quatrième année de thèse
Fondation ARC : deux chercheuses financées pour leur 4e année de thèse

Le financement de la quatrième année de thèse, un défi pour les jeunes chercheurs

Léa Bouton et Cloé Tessier, toutes deux âgées de moins de 30 ans et originaires de la région bordelaise, ne se connaissent pas personnellement mais partagent une expérience commune déterminante pour leur carrière scientifique. Elles ont toutes deux bénéficié du soutien financier de la Fondation ARC pour financer la quatrième année de leur thèse de doctorat, une période supplémentaire souvent essentielle pour aboutir à des résultats solides et publier dans des revues internationales.

Léa Bouton : une vocation née de l'expérience personnelle et académique

À 28 ans, Léa Bouton, titulaire d'un master en biologie du cancer et chercheuse à l'Institut européen de chimie et de biologie de l'Université de Bordeaux, consacre sa carrière à la recherche contre le cancer. « C'est un peu le fléau de ce siècle », déclare-t-elle, évoquant à la fois l'importance de son sujet et les difficultés de financement.

Sa vocation s'est construite à travers son parcours académique, notamment grâce à une professeure de biologie cellulaire de l'IUT de La Rochelle, et lors d'un stage dans un laboratoire londonien où un chercheur lui a transmis « le goût de la recherche ». Mais sa motivation est aussi profondément personnelle : « Dans ma famille, j'ai eu des cas de cancers avec des décès et cela a confirmé mon choix de travailler dans ce domaine-là ».

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Arrivée à Bordeaux en 2018, cette native d'Angoulême travaille désormais sur le développement d'une approche thérapeutique innovante visant à bloquer la protéine RBM39, qui joue un rôle clé dans la survie des cellules cancéreuses. « On développe des thérapies à base d'ARN, dont on a beaucoup entendu parler pendant le Covid, même si là il ne s'agit pas d'ARN messager », précise-t-elle.

Cloé Tessier : face au glioblastome, un cancer méconnu

Cloé Tessier, âgée de 27 ans, travaille quant à elle au sein du laboratoire de l'Institut de recherche en oncologie de Bordeaux, dans l'équipe « Brainstream » dédiée au cancer du cerveau. Elle se concentre particulièrement sur le glioblastome, une forme agressive de tumeur cérébrale connue pour sa résistance aux traitements existants.

« Un cancer dont on ne comprend pas grand-chose, et dont la thérapie n'est pas très efficace », explique la scientifique. Après sa thèse, elle envisage un post-doctorat à l'étranger, un projet qui dépend directement de la qualité de ses travaux actuels.

La course aux financements dans un contexte budgétaire contraint

Dans un environnement de recherche marqué par des coupes budgétaires, obtenir des financements publics pour une quatrième année de thèse relève souvent du parcours du combattant pour les jeunes chercheurs. Léa Bouton souligne : « J'ai de la chance d'avoir eu ce financement, car c'est très compliqué d'avoir des fonds ».

Cloé Tessier, qui a bénéficié pour ses trois premières années d'un financement mixte de la Région Nouvelle-Aquitaine et de l'Université de Bordeaux, a dû répondre à un appel à projets de la Fondation ARC. « J'ai répondu à un appel à projets et il a fallu envoyer un dossier assez conséquent à ARC. C'était aussi une première expérience dans l'écriture des dossiers de demande de financement. Tout le monde n'a pas la possibilité de bénéficier de cette quatrième année, donc on croise les doigts jusqu'au résultat », se souvient-elle.

Une année supplémentaire cruciale pour l'avenir scientifique

Sans cette quatrième année financée par la Fondation ARC, Cloé Tessier explique qu'elle aurait soutenu sa thèse « dans de mauvaises conditions » avec « quelques inconnues ». Cette période supplémentaire représente bien plus qu'un simple délai : « C'est sur ce travail que je vais être évaluée quand je vais me porter candidate pour des postes de recherche. Donc c'est clairement un plus de pouvoir finaliser ces articles scientifiques ».

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Léa Bouton partage cette perspective : « Je vais finir ma thèse dans dix mois, mais je ne sais pas où je serai après, il y a de grosses incertitudes ». Malgré ces incertitudes, les deux chercheuses ont fait le choix de poursuivre leurs recherches dans le secteur public.

La Fondation ARC : un acteur clé du financement de la recherche

Créée en 1962 avant de devenir la Fondation ARC en 2012, cette organisation reconnue d'utilité publique a pour ambition d'accélérer la recherche contre le cancer et de soutenir spécifiquement le financement de la quatrième année de thèse des jeunes chercheurs.

La fondation précise : « Nos ressources proviennent exclusivement de la générosité du public : des particuliers qui font des dons, parfois réguliers, ainsi que des bienfaiteurs qui choisissent de soutenir la recherche par un legs ou une assurance-vie ».

En 2024, 160 000 donateurs ont permis d'allouer plus de 33 millions d'euros à des projets de recherche. En 2025, sur les 235 nouveaux projets soutenus en France pour un montant de 40 305 961 euros, huit ont été financés à Bordeaux et Pessac, représentant un investissement de 1 022 280 euros dans la recherche locale.

Le parcours de Léa Bouton et Cloé Tessier illustre ainsi l'importance cruciale des financements alternatifs dans un paysage scientifique où les budgets publics se font de plus en plus rares, tout en mettant en lumière le rôle essentiel des jeunes chercheurs dans la lutte contre le cancer.