Les eaux usées, un miroir de nos consommations de drogues
Alors que certains préfèrent lire l'avenir dans les boules de cristal ou le marc de café, Damien Devault, maître de conférences en écotoxicologie à l'université de Bordeaux, décrypte les tendances sociétales dans les eaux usées. Ce chercheur du laboratoire Epoc participe activement au réseau international Score, qui coordonne depuis 2011 une campagne annuelle de surveillance de la consommation de drogues illicites à travers l'analyse des eaux usées.
Une méthode scientifique éprouvée
La technique employée s'apparente à celle utilisée pour suivre la propagation du virus du Covid-19 durant la pandémie. Les stations d'épuration, véritables reflets de nos modes de vie, de notre santé et de nos consommations, offrent un baromètre idéal pour les scientifiques. Chaque année, la communauté de Score prélève des échantillons d'eaux usées pour mesurer les concentrations de marqueurs de drogues illicites, avec des données publiées par l'OFDT et pilotées par l'Agence de l'Union européenne sur les drogues.
Des résultats alarmants en 2025
Entre mars et mai 2025, des échantillons ont été collectés dans 115 villes de 25 pays, couvrant 72 millions de personnes. Les analyses ont détecté des traces de kétamine, cocaïne, MDMA, méthamphétamine, amphétamine et cannabis. Damien Devault confirme une hausse générale de la consommation collective pour presque toutes les substances. La charge totale de kétamine a augmenté de près de 41% entre 2024 et 2025, avec des niveaux élevés en Belgique, Allemagne et Pays-Bas. La cocaïne a vu sa présence dans les égouts croître de 22%, particulièrement en Europe occidentale et méridionale.
Un calendrier des consommations révélateur
Les scientifiques peuvent reconstituer un agenda précis des usages. Dans trois villes sur quatre, les traces de benzoylecgonine (métabolite de la cocaïne) et de MDMA sont plus élevées le week-end, indiquant des consommations festives. Damien Devault illustre ce phénomène avec l'exemple de la Fête de la musique à Bordeaux en 2017, où les niveaux étaient bas en raison de la nature publique de l'événement. Les produits varient aussi géographiquement : la kétamine domine en Angleterre, Tchéquie et Slovaquie, tandis que la France montre une préférence pour le cannabis et la cocaïne.
Impacts environnementaux inquiétants
Les drogues détectées ne s'arrêtent pas aux stations d'épuration ; elles se déversent dans les rivières et océans, affectant la faune aquatique. La cocaïne dans les eaux de surface peut rendre les poissons aveugles, comme le suggèrent des tests en aquarium. Cette pollution souligne l'urgence de mieux comprendre et réguler ces substances.
Pour approfondir le sujet, une conférence intitulée "La drogue et l'Europe, l'union fait la force" est organisée le 21 avril à Périgueux, avec la participation de Damien Devault et d'experts en renseignement criminel. Cet événement, ouvert au public, vise à sensibiliser sur les enjeux européens liés aux drogues.



